Une belle histoire d'Océan
Le matinaute
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chronique

Une belle histoire d'Océan

Ce moment où l'Actu te percute. Te percute personnellement. Des manchettes lointaines, des émissions indifférentes, se rassemblent soudain comme un petit chat sauvage, et te sautent à la figure. Tu es chez toi, le nez sur ton écran comme d'habitude, et tout d'un coup tu es dans l'Actu, et l'Actu est en toi (oui oui, avec une majuscule). Par exemple, toutes ces histoires de trans, d'hommes devenus femmes, de femmes devenues hommes. Tu les lisais, ces histoires. Tu tentais de comprendre. Mais c'était loin. Ces noms te disaient finalement aussi peu que celui du chef de la diplomatie iranienne. C'était l'Actu. Et puis un jour un tweet improbable, une vidéo d'abord visionnée incrédule, c'est un poisson d'avril, une blague, et puis non, ce visage, plus tout à fait le même, pas tout à fait un autre : c'est bien elle, c'est Océane, notre Océane. Et Océane te demande, gentiment, parce qu'elle est gentille, Océane : maintenant, appelez-moi Océan. "Non non je vous jure, c'est pas une vanne" : dans  l'improbable baluchon de son grand voyage, Océan a embarqué l'espièglerie d'Océane.

Ce moment où Océan t'avise de la disparition d'Océane. Disparition ? Substitution ? Transformation ? Tu avais aimé Océane, sa tendresse scénique, son humour, son intégrité. Et c'est cette même intégrité, ce même calme courage, qui aujourd'hui la pousse jusqu'à l'Océan. Mais c'est qui, Océan ? Un homme ? Pas encore. Un homme en devenir. Un ado fugueur embarqué dans un incroyable voyage, un baluchon sur la plage au commencement du monde. Océane a expulsé Océan. Elle a accouché d'Océan. Océane ne sera plus. Et pourtant c'est le même, c'est la même, avec : "une voix un peu chelou, pour le moment, mais toujours autant de blagues pourries". 

Tu ne sais pas quoi en faire, de la nouvelle. Tu te demandes par réflexe si elle, pardon s'il, lit un prompteur dans la video. Tu te demandes si tu peux textoter à Océan qu'il est déjà drôlement beau mec. Tu ne sais pas ce qui se pratique, dans ces cas-là. Tu es embarqué dans une histoire qui n'était pas du tout ton genre. Tu pressens qu'il n'y a plus rien à comprendre, mais simplement à partager. Tu te dis qu'Océan a drôlement bien réussi son coup.

Et le lendemain matin, l'actu retrouve sa place naturelle : à la radio. "L'humoriste Océanerosemarie demande qu'on l'appelle désormais Océan", annonce le journal de France Inter. Fin de la parenthèse enchantée, en une nuit, l'histoire est à tout le monde. Et la radio ajoute que la chanteuse Christine and the queens, elle aussi, à l'occasion de la sortie de son nouvel album, demande qu'on l'appelle désormais Chris. "J'ai toujours davantage rêvé d'être Roméo que Juliette" confie Chris. Deux informations, l'une derrière l'autre, mine de rien, comme si elles n'avaient rien à voir. Tu le sais pourtant, toi, que Océanerosemarie et Christine and the Queens ont toujours joué à cache-cache avec le coming out, inventant au passage le coming out félin. Tu ne peux pas t'empêcher de te dire que cette annonce concommittente est, à tous les sens du terme, une belle histoire, même si tu ne sais pas laquelle.

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