Trump, Fillon : fille publique, fille cachée
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Trump, Fillon : fille publique, fille cachée

Horreur ! Trump défend sa fille. Vous l'avez certainement entendu aux radios du matin.

La chaîne de magasins Nordstrom ayant eu le mauvais goût de déréférencer les bijoux Ivanka Trump, pour cause, selon Nordstrom, de ventes en berne, papa a immédiatement brandi un tweet vengeur ("Ma fille Ivanka a été traitée de manière si injuste par Nordstrom. C'est une belle personne, qui me pousse toujours à prendre la bonne décision. Terrible !" ), tweet envoyé de son compte personnel, puis re-tweeté de son compte officiel, tandis que la trumposphère appelle à boycotter les magasins en question. Entrainant dans la spirale le porte-parole de la Maison Blanche, qui a pris la défense du patron. Ces Américains. Aucune décence.

Ce n'est pas en France qu'on verrait ça. Non. En France, ces affections familiales n'apparaissent pas en public. Regardez par exemple le convenable ex-sénateur Fillon. S'il a rétribué sa fille comme assistante parlementaire à temps plein, alors qu'elle était dans le même temps en stage dans un cabinet d'avocats, comme le révèle Le Canard de cette semaine, c'était de manière fort discrète. Pour ne surtout pas donner le mauvais exemple. Quant aux conflits d'intérêt ! Jamais Fillon n'aurait procédé avec autant de mauvais goût que les Américains.

Prenez l'affaire Axa. Jusqu'au bout, avec une pudeur à saluer, Fillon aura tenté de dissimuler que l'assureur fut un des clients de la société de conseil fondée en 2012, 2F Conseil. Il a fallu qu'il soit assiégé par la meute médiatique en furie, par ce totalitarisme de la transparence, comme dit l'inimitable Ruth Elkrief, pour lâcher le nom de son client. Axa ? BFM Business s'est aussitôt empressé de préciser que l'assureur, entre 2012 et 2014, a versé à Fillon quelque 200 000 euros, notamment en rétribution de son aide dans la négociation d'une nouvelle réglementation européenne sur les assurances, Solvabilité 2. Fillon aurait ainsi "ouvert des portes" à Axa à la Commission Européenne, et en Allemagne. Rude tâche, qui aura sans nul doute été précieuse à la timide société Axa, peu habituée à pénétrer les centres de décision. (A noter qu'inversement, Fillon a réquisitionné pour sa campagne Henri de Castries, ex-PDG d'Axa, notamment pour son "carnet d'adresses" dans le monde des affaires. Des avantages du troc). Ladite réglementation européenne étant ensuite passée devant le Parlement français, les députés écologistes viennent de saisir le déontologue de l'Assemblée.

Encore une fois, il faut saluer le tact de nos élites à nous. Sans Le Canard enchaîné et autres journaux totalitaires, on n'aurait rien su des petits arrangements entre Fillon et Axa. Le bienheureux citoyen français aurait ainsi évité de se poser des questions inutiles. Des fois que des mauvais esprits eussent soupçonné que le grandiose plan Fillon de réforme de la Sécu pouvait être motivé par le désir de renvoyer un ascenseur à l'assureur philanthrope. Et de Marie Fillon, on n'aurait jamais rien su d'autre que son émouvant témoignage à Karine Le Marchand.

Henri de Castries n'a pas tweeté que la presse était "horrible". Fillon n'a pas tweeté que sa fille était "une bonne personne". Entre le conflit d'intérêts affiché, assumé à la Trump, et la discrétion à la Fillon, qu'est-ce qui est préférable ? Où est la plus grande obscénité ?

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