Samuel Paty, deux mois plus tard
chronique

Samuel Paty, deux mois plus tard

Oublier Paty ? Deux mois après, l'assassinat de Samuel Paty a cessé de faire la Une. Pas une seule mention de son nom sur la homepage du Monde. Et pourtant, souterrainement, comme l'indique une simple recherche par mot-clé, l'onde de choc continue. Un lycéen de Seconde professionnelle d'un lycée de Saint-Jean de Luz vient d'être exclu définitivement, pour avoir affirmé, puis réaffirmé en conseil de discipline, que la décapitation du professeur était "méritée". "Une solution de scolarisation lui a été proposée dans un autre établissement", précise France Bleu Pays Basque. Inversement, Midi Libre publie les témoignages de solidarité avec le professeur d'une classe de collégiens d'Alès. L'article est titré "Nous ne nous tairons jamais". Ces témoignages sont destinés à être édités en brochure.

Sur le plan de l'enquête, la mise en garde à vue, la semaine dernière, de cinq jeunes majeurs soupçonnés d'avoir échangé virtuellement avec l'assassin, a donné lieu à de brefs articles. En revanche on ne sait rien, à ce jour, sur l'issue de ces gardes à vue.

A la fin d'un entretien à RTL consacré à la gestion sanitaire du Covid dans l'Education Nationale, le ministre Jean-Michel Blanquer a évoqué "800 signalement de faits liés au radicalisme islamiste" depuis l'assassinat, précisant qu'un parent d'élève, coupable de menaces de mort, a été condamné à une peine de prison ferme. Le ministre fait sans doute allusion à une affaire de Rivesaltes (Pyrénées Orientales), que rien, à en croire le compte-rendu de 20 Minutes, ne permet pourtant de rapprocher du radicalisme islamiste.

Tous ces faits ne donnent pas lieu à polémique, sans doute parce qu'ils n'en méritent pas. D'auatres pourraient être plus inflammables. Sur le front de la polémique, nous signalions la semaine dernière le tweet trop rapide de la directrice de L'Express, accusant la FCPE des Yvelines d'avoir "conseillé" au père d'élève de porter plainte contre Samuel Paty.  Mais ces polémiques ne "prennent" pas. Ainsi une lettre ouverte à Emmanuel Macron, publiée par Le Point, le 25 novembre, de Me Antoine Alexiev, l'avocat du prédicateur Abdelhakim Sefrioui, accusé d'avoir fait monter la pression autour de Samuel Paty, lettre ouverte condamnant des "accusations arbitraires" à son endroit, serait sans doute restée sans aucun écho, sans une réponse indignée de l'avocate des proches du professeur, Virginie Le Roy, publiée le 16 décembre par Libération.

Enfin, deux embryons de polémiques authentiques sont signalés sur Twitter. Mediapart a consacré une longue enquête au cas d'une enseignante de l'Université Aix-Marseille qui, le 27 octobre, dans un cours en distanciel professé aux étudiants de première année de droit privé et de droit des affaires, a affirmé"On n’a aucune liberté de conscience en islam ! Donc, si on naît d’un père musulman, on est musulman à vie. Une sorte de religion sexuellement transmissible, je n’ai jamais compris. On dirait du judaïsme, c’est pareil, c’est par la mère. Une sorte de MST, de RST, de religion sexuellement transmissible." La Ligue des Droits de l'Homme a annoncé saisir la justice pour injure raciale. Mediapart a été accusé sur par des internautes proches du Printemps Républicain d'avoir , au contraire d'autres sites relatant l'affaire, publié le nom de l'enseignante.

Les éditions Robert Laffont, enfin, ont publié fin novembre, sous le titre "lettre à ce professeur qui a changé ma vie", un recueil de textes de 40 personnalités, en mémoire de leurs enseignants. Discrètement présenté (non sur la couverture, mais dans le texte d'accompagnement) comme "un hommage à Samuel Paty", ce recueil serait sans doute lui aussi passé inaperçu, sans la présence, parmi les signataires, de la chroniqueuse et réalisatrice Rokhaya Diallo, régulièrement visée sur Twitter par des militants du Printemps républicain, notamment pour avoir, après l'attentat de 2011, signé un texte critique sur Charlie.

En chacun de ces récents faits, on identifie les ingrédients qui, à un autre moment qu'à l'approche d'un Noël confiné, auraient donné naissance à une retentissante polémique. Mais l'ogre a la tête ailleurs. A chacun de juger si cette relative indifférence est une bonne chose, ou non.

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