Samuel Etienne sur Twitch, fin d'une blague
Le matinaute
Le matinaute
chronique

Samuel Etienne sur Twitch, fin d'une blague

Si vous n'avez pas suivi la saga Samuel Etienne, voici un résumé des épisodes précédents. C'est l'histoire d'une vedette de la télé, présentateur de Questions pour un champion, qui se retrouve sur Twitch, plateforme de gamers en ligne (on vous a déjà parlé de Twitch, ici ou ici). Pas pour jouer. Pour faire une revue de presse quotidienne (car il est aussi responsable de la revue de presse de FranceInfo). De la vieille presse ultra classique (Figaro, Huma, Obs, Monde, JDD, etc). Longue, la revue. Deux heures chaque jour, entrecoupées de pauses café et de réponses en live au public, dimanche compris, avec les enfants au bain dans la pièce d'à côté. Il aime Match. Il aime le JDD. Il aime Alain Duhamel. Il aime la presse Lagardère. Il aime la presse Dassault. Il aime tout. Il y a peut-être des choses qu'il n'aime pas, Samuel Etienne, mais il n'en parle pas.

Et ça marche. Ça marche parce que c'est bienveillant, et qu'on crève de l'absence de bienveillance. On est tous des affamés de la bienveillance. Sans doute que ça marche aussi parce que des twitcheurs n'en reviennent pas, de voir une tête connue de la télé les considérer avec bienveillance, se placer sur un pied d'égalité, faire l'effort "d'apprendre les codes", comme dit Samuel Etienne.

Là-dessus, on l'invite à Arrêt sur images. Sans arrière-pensée, hein. Juste parce que le spectacle est nouveau, et sympathique a priori. On aime bien ce qui est nouveau, ici. On en est curieux. On aime bien entrer dans la mécanique, et décortiquer le machin, tenter de démêler la part de nouveauté de la recette, et l'arrière-goût de la vieille marmite, si possible avec les acteurs eux-mêmes. Croyez-moi ou pas, mais on est a priori bienveillants nous mêmes. Bienveillants mais méfiants. Méfiants mais bienveillants. On essaie de disjoindre bienveillance et complaisance. Tout nous, quoi. On passe par tous les services de presse possibles. On ne reçoit jamais aucune réponse. Les seuls avec qui Samuel Etienne se trouve soudain amputé de sa bienveillance habituelle, c'est nous. Bon, c'est son droit, on a l'habitude.

Du coup, les médias cités avec tant de bienveillance dans la revue de presse de Samuel Etienne sur Twitch n'en finissent pas de s'émerveiller : Hosannah ! Voilà que nous, les mal aimés d'Internet, sommes traités avec bienveillance par des gamers à casquette à l'envers. Voilà qu'on pénètre cette jungle impénétrable des djeunzz. Serait-ce, ô Seigneur, le miracle tant attendu depuis l'invention d'Internet, et qui pourrait régénérer nos vieux os vermoulus ? Enfin la Jouvence ? Depuis début janvier, Sa Bienveillance est reçu, interrogé comme le Messie, dans tous les studios et tous les journaux (je ne vous fais pas la liste, ce serait trop long).

Sans être dans le secret des conseillers en com' des politiques, je les entrevois aisément la langue pendante, comme les personnages de Tex Avery, faisant la queue dans l'antichambre de Samuel Etienne : et moi ? Et moi ? Et mon ministre ? Et mon secrétaire général ? Le premier élu, François Hollande, a été invité lundi soir. Deux petites blagues sur Macron, un aveu sur les entrecôtes frites, qui lui ont tant manqué à l'Élysée. Hop, c'est passé. Du coup, devine qui vient twitcher dimanche ? Un nommé Jean Castex, dit "Doublepeine" quand le jeudi soir à la télé il nous annonce que nous sommes formidables, et que si on continue à être formidables, les restaurants pourront rouvrir en 2023. Voilà. C'était donc ça : une nouvelle ruse de la com'. À en croire les premières réactions de sa communauté, et Samuel Etienne lui-même qui a été obligé de se justifier, cette fois ça risque de bien moins passer. Fin d'une blague.


Partager cet article Commenter

 

Cet article est libre d’accès
En vous abonnant, vous contribuez
à une information sur les médias
indépendante et sans pub.

Déjà abonné.e ?

Lire aussi

Voir aussi

Ne pas manquer

Abonnez-vous

En vous abonnant, vous contribuez à une information sur les médias indépendante et sans pub.