Pujadas, Fillon, et le bloc plié
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chronique

Pujadas, Fillon, et le bloc plié

Le matin, ils ont tous fait bloc. Tous les parlementaires, autour de Fillon.

Malgré les révélations du jour, celles de la veille, et celles du lendemain. Ils le confient à France 2, en sortant de la réunion. "Rien ne nous arrêtera, on va faire bloc" (Isabelle Le Callenec). "Réunion assez émouvante" (Longuet). "Les parlementaires ont fait bloc" (Solère). "On a fait corps autour de lui" (variante Copé, avec petit sourire en coin, sur le thème "et c'est moi qui vous le dis"). D'ailleurs, "l'entourage de Fillon" a donné à France 2 un enregistrement clandestin de la réunion. L'entouré : "Je vais parler avec mes tripes et avec mon coeur. Je n'ai rien à me reprocher. Je n'ai jamais transgressé la loi. On a quinze jours à tenir. Coup d'Etat institutionnel. La gauche". Etc (vous reporter à vos medias préférés). Dans l'après-midi, ajoute Pujadas, le club des plans B (Baroin, Wauquiez) a même signé une tribune de soutien. Certes, poursuit Pujadas, "des voix s'élèvent" pour demander le retrait de Fillon. Des isolés. Des kamikazes. Des dissidents. Qui connait Georges Fenech ? Qui connait Philippe Gosselin ?

Bon. Très bien. Parfait. On est donc sur deux planètes différentes. Il y a la leur, et la nôtre, et entre elles, l'espace intersidéral. Les choses sont claires. Mais voici qu'intervient, en duplex, le journaliste Jean-Baptiste Marteau, devant le siège de LR, où le bloc est rassemblé pour une soirée bloc. Alors, Jean-Baptiste, l'ambiance bloc ? Et là, la douche froide. Le coup de marteau (pardon). "Clairement David, en off, c'est la panique ici, chez les élus, les députés, les sénateurs. La question n'est pas de savoir s'il va renoncer, mais plutôt quand il va renoncer. Ce sera d'ailleurs plié dès la fin de la semaine, me disait un député il y a quelques minutes."

Comment donc ? Le bloc est tout plié ? Pauvre petit bloc ! Mais Pujadas le savait-il quand, gonflé à bloc, il a lancé son premier reportage ? Jean-Baptiste Marteau, sur le terrain, ne l'avait pas prévenu dans l'oreillette ? Que les politiques, par fonction, disent devant les caméras exactement le contraire de ce qu'ils disent caméras éteintes, on le savait, rien de neuf. C'est évidemment suicidaire pour eux : face caméra, les voici tous solidaires du type qui a tapé dans la caisse. Mais on sait comment se suicident les lemmings (même si la thèse est contestée). En revanche, Pujadas, lui, pourquoi nous condamne-t-il à cet écartèlement cognitif ? Pourquoi nous montre-t-il le bloc intact, avant de révéler qu'il est plié ? Etait-ce si difficile, de nous prévenir avant diffusion que tout ce que l'on allait entendre n'était que façade ? Eternels mystères des conducteurs du journal télévisé.

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