Notre pote Gilad
Le matinaute
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chronique

Notre pote Gilad

Dissipons d'abord tout malentendu.

Je suis content pour l'ex-otage Gilad Shalit. Vraiment content. Pour ses parents, pour ses frères, ses soeurs, ses cousines, sa petite amie, ses copains de foot, ses amis de Facebook. Je suis aussi heureux que tous mes confrères journalistes français, notamment des médias d'information continue qui, toute la journée d'hier, nous ont fait vivre, minute par minute, les étapes de la libération de l'ex-otage. Il est arrivé en Egypte. Il est monté dans un hélico. Il est descendu de l'hélico. Il a revêtu l'uniforme israélien. Il est arrivé sur une base israélienne. Il a été accueilli par Netanyahu. Et voilà, ses parents sont là. Etc etc On sentait bien qu'ils faisaient l'effort méritoire de traiter aussi le retour à Gaza des prisonniers palestiniens, histoire de ne pas se coller encore le CSA sur le dos, mais bon, le héros de la fête, c'était Gilad. Ce n'était pas aussi haletant que la couverture live du voyage en monospace de François Hollande de chez lui jusqu'à la rue de Solférino, dimanche soir, sur BFM, mais quasiment.

Si profonde soit ma joie, il y a tout de même une bizarrerie, dans cette affaire. Gilad Shalit, dit-on, est franco-israélien. Dans franco-israélien, il y a franco, bien entendu. Sa grand-mère étant française, le soldat a hérité de sa nationalité française. Il a même, rendez-vous compte, "regardé le Tour de France à la télévision" a répété l'ambassadeur de France en Israël, au comble de l'extase, devant tous les micros. Mais dans franco-israélien, il y a aussi israélien. Shalit est né en Israël. Il y a toujours vécu. Il a été capturé sous l'uniforme israélien. C'est donc un événement de politique étrangère qui s'est déroulé hier, un événement peut-être important, concernant deux pays dont on peut penser ce que l'on veut, et Dieu sait que l'on pense des choses, mais dont aucun des deux n'est la France.

Et voici donc le motif de mon incompréhension. Le système médiatique en général distingue deux types d'événements. Ceux qui concernent l'étranger (couverture sobre, neutre, distanciée, images d'agences) et ceux qui concernent, de près ou de loin, la France (couverture intime, usage abondant des prénoms, témoignages récurrents des proches, etc). Pourquoi les médias français ont-ils traité l'événement comme un événement national, comme un retour d'otages français ? En quoi la libération de Gilad Shalit, fort heureuse, répétons-le, aussi heureuse que celle de chacun des quelque mille Palestiniens libérés en échange, mérite-t-elle d'être le sujet d'une liesse nationale ? C'est la question matinale d'aujourd'hui.

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