Nobel : vraies et fausses vidéos "gênantes"
chronique

Nobel : vraies et fausses vidéos "gênantes"

On l'a échappé belle ! Plus précisément, c'est notre Nobel de physique à nous, Gérard Mourou, qui l'a échappé belle. Mini-effroi, au lendemain de l'attribution du Nobel de physique à trois lauréats dont une femme, Donna Strickland (je vous en parlais hier) : l'Académie suédoise a ressenti le besoin de prendre ses distances par rapport à une vidéo. Une vidéo "gênante" selon Le Figaro, et qui l'a "rattrapé" selon le Huffington Post. L'objet intégral du délit est visible sur les deux liens ci-dessus.

Cette video "ne reflète pas les valeurs du Nobel", a hautement déclaré l'Académie. Le Monde a mené une enquête approfondie sur cette vidéo, tournée en 2010, d'où il ressort qu'il s'agissait d'une compétition pour l'attribution d'une subvention européenne. En cause : le bref plan où deux jeunes femmes apparaissent, après avoir déboutonné leur blouse, en mini-shorts et débardeurs. On voit bien aujourd'hui, ce qui pourrait choquer : une escouade de jeunes femmes, et deux hommes mûrs, manifestement les patrons de l'équipe (qui eux n'apparaissent pas en mini-shorts et débardeurs). Accessoirement, le plus frappant de ce clip, c'est qu'on ne voit pas bien le rapport avec les lasers.

Selon un physicien allemand, cité par Le Monde, "certains collègues pensaient que cela pourrait lui barrer le Nobel". Il y aurait donc bien "certains collègues" qui auraient pensé ça. En vrai, depuis sa révélation voici quelques jours, hormis celle du blogueur allemand Leonid Schneider qui a exhumé la vidéo, et en livre une analyse détaillée sous le titre "les mâles alpha de la physique", pas une seule voix féministe n'a gaspillé de la salive ni de l'espace serveur pour commenter ce clip. C'est le nouveau stade des scandales #Metoo : le faux scandale fabriqué de toutes pièces par les anti #Metoo.

S'il faut absolument trouver une vidéo "gênante" à propos du Nobel sur les lasers, sans doute faut-il plutôt la chercher dans l'enregistrement d'une conférence de presse du lauréat, vidéo dans laquelle Gérard Mourou suggère que si le prix a été co-attribué à celle qui était alors son étudiante, c'est uniquement par souci d'alibi égalitaire. "Donna ne s'attendait pas à l'avoir. (...) Si ç'avait été un étudiant (...) ils auraient même pas demandé à Donna sa participation". A tout prendre, celle-ci est plus "gênante".

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