Mia : dans la tête de Lola Montemaggi
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Mia : dans la tête de Lola Montemaggi

"Quant à Lola Montemaggi, elle dort derrière les barreaux d'une prison suisse, en attendant son extradition en France, et sa probable mise en examen". Ainsi se conclut l'article du Parisien sur les derniers rebondissements de l'affaire Mia, l'enlèvement pour le compte de sa mère, Lola Montemaggi, d'une fillette de huit ans, retrouvée par la police dans un squat autonome en Suisse. Enlèvement commandité par un "gourou" français nommé Rémy Daillet-Wiedemann domicilié en Asie, et visant le renversement de la République. Vous lirez tous les détails de la version policière de l'affaire, sur le "véritable commando" de "complotistes" "résistants à la barbarie de ce système, je cite", ravisseurs de Mia dans vos journaux préférés. De même que les chaînes d'info vous expliqueront que tout est de le faute des réseaux sociaux, qui ne sont que complotistes et compagnie (oubliant un peu vite, par exemple, la rumeur d'Orléans en 1969, comme le rappelle Quotidien avec pertinence). Tout finit bien : la mère un peu détraquée "dort derrière les barreaux", force est restée à la loi.

Je dis "version policière", parce que pour l'instant, c'est la seule disponible, et même les mots des accusés nous parviennent restitués, avec guillemets, pincettes et "sic", par la bouche des policiers, des magistrats, et des journalistes qui citent ceux qui les citent. Ce n'est pas dépréciatif dans ma bouche. Les polices française et suisse ont retrouvé Mia, elles ont fait leur travail, elles le racontent avec leurs mots à elles, elles l'ont peut-être sauvée d'on ne sait quoi, et ce gourou asiatique ne m'est pas très sympathique.

Mais les mots de la police ne sont que les mots de la police. Il est permis, si on le peut, de passer de l'autre côté. On peut tenter de comprendre, de se dire "Je suis Lola". On peut se mettre dans la peau, dans la tête, de la maman à qui la garde de la fillette avait été enlevée par les institutions, parce qu'elle ne raisonnait pas droit, qu'elle croyait que le vaccin inocule la 5G, et qu'il existe un grand complot pédocriminel mondial orchestré par Bill Gates. On le peut, parce qu'on a croisé ses sœurs, ses semblables, par exemple dans les manifs des Gilets jaunes, ces manifs où les mots ne sont pas sagement alignés comme dans un rapport de police. Comme la militante antifasciste Nadia Meziane, autrice sur Facebook d'un témoignage dérangeant"Lola, la maman qui a enlevé sa propre fille, j'ai l'impression de la connaître. Et une envie bizarre de la défendre, la Gilet jaune, la Qanon, la complotiste" commence Meziane, qui conclut dix paragraphes plus loin : "Je suis Lola, j'aurais pu être en tout cas être une fasciste de rue, hallucinée et paumée, chemise brune trop grande pour moi et ma vie bousillée en ayant cru lutter pour le Bien." Je ne cite pas tout. Allez lire ce texte. Et ensuite, si vous en avez envie, d'autres textes de Nadia Meziane, rassemblés sur le site Lignes de crête, auquel elle collabore. Cela aide à passer derrière les mots de la police.


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