Mélenchon, le "petit jeu" et le tabou
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Mélenchon, le "petit jeu" et le tabou

Cela se passe à une heure et trente minutes d'une vidéo de deux heures. Jean-Luc Mélenchon participe aux "Mardis de l'ESSEC". Questions studieuses des étudiants de l'école de commerce, auditoire invisible et révérencieux, réponses comme le plus souvent limpides et percutantes du candidat. On passe au "petit jeu des mardis" consistant à "répondre honnêtement", explique gentiment l'animateur. "Préféreriez-vous être le ministre de Yannick Jadot ou Anne Hidalgo ?" Cinq secondes de silence. L'invité se gratte le menton. "J'ai envie de vous dire, ça dépend pour quoi faire. Ce sont des personnes respectables. Il me semble que Mme Hidalgo a pas les idées très claires sur ce qu'il faut faire. Donc je préférerais être le ministre de quelqu'un qui... bon, au moins, il a dit qu'il avait rallié la planification écologique. Il me semble que je pourrais m'occuper de ça dans son gouvernement. Pourquoi pas ?" Le passage est remarqué par la journaliste du Figaro Sophie de Ravinel. Il n'a même pas duré trente secondes.

Pourquoi un tabou est-il brisé ? Parce qu'un candidat à la présidentielle, habituellement, déploie toute son énergie pour ne pas répondre à cette question. "Ah ah, mais cher ami, votre question n'a pas d'objet, je vais gagner bien entendu, toute autre hypothèse est absurde, je ne comprends même pas comment vous pouvez l'envisager. Question suivante !" Dans la langue de bois habituelle, envisager simplement l'hypothèse de la victoire d'un autre est déjà admettre la défaite. Dans une campagne comme dans une guerre, où toutes les énergies doivent être déployées vers la victoire finale et l'écrasement des concurrents, cela risque d'être perçu par les troupes comme une capitulation. Bref, un candidat ne devrait pas dire ça.

Quelques minutes plus tôt, Mélenchon avait rituellement insisté sur ce qui le sépare des deux concurrents susnommés, notamment à propos des traités européens. Rien de neuf donc, sur le fond. La question du "petit jeu" eût-elle été posée dans une matinale de radio, sans doute que Mélenchon, sur la défensive, n'aurait pas fait la même réponse. Mais il a déjà une heure trente de monologue dans les jambes, on est dans un lieu non médiatique, les questionneurs sortent à peine de l'œuf. Il se relâche trente secondes. Et, par cette fenêtre à peine entrouverte, quel bol d'oxygène que de voir voler en éclats ce tabou absurde ! Il est donc possible que certains ne se battent pas pour occuper le fauteuil mais simplement pour faire ? Quelle autre physionomie aurait la malheureuse campagne de la gauche, si tous ses concurrents répondaient aussi simplement à cette même question...


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