marché du travail, la non-saga
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marché du travail, la non-saga

Immuable Rocard. De sa voix de plus en plus trainante

, il taquinait Patrick Cohen, sur France Inter, à propos de l'accord sur la réforme du marché du travail. "Oui, il est compliqué, cet accord. Vos confrères, vous même, ne vont pas aimer". Et c'est vrai: nous avons bien ramé, hier, en cherchant des comptes rendus de presse expliquant exactement ce que l'on trouve dans cet accord, approuvé par le MEDEF, et par trois syndicats participants sur cinq.

Est-ce à dire que "les confrères ne vont pas aimer" ? C'est plus compliqué. Sur la méthode d'élaboration de l'accord, à défaut du fond, beaucoup d'éditorialistes vont applaudir, applaudissent déjà. Comment en irait-il autrement ? A longueur de colonnes, ils déplorent la culture sociale française de l'affrontement, que symbolisent grèves et manifs, et invoquent le totem d'une démocratie scandinave, où l'on discuterait tranquillement entre gens de bonne volonté et de bonne compagnie. Encore Thomas Legrand ce matin, également sur France Inter, évoquait la voix mouillée la figure allemande du syndicaliste, sa serviette de négociateur sous le bras. La profession compte davantage d'éditocrates partisans du compromis, que de la lutte des classes.

Mais voilà, il y a ce que tambourinent les médias dans leurs éditoriaux, et ce que trahissent leurs couvertures. Ce que proclame leur moi, et ce que trahit leur ça. Les critères de fabrication des récits médiatiques sont contradictoires. Et l'un de ces critères inconscients est la détestation des données trop techniques. Allez faire des gros titres, de bonnes histoires, des belles sagas, avec les contreparties obtenues par le MEDEF à la taxation des contrats courts. A un récit efficace, il faut du match, de l'affrontement, du bras de fer, du suspense, ce que Rocard a toujours analysé mieux que personne (réécoutez-le ici, c'est toujours un régal). En tout état de cause, s'il faut vraiment traiter le sujet, on préférera le résumer par un score de match, courte victoire du MEDEF, victoire à l'arraché des syndicats, plutôt que par une analyse. Même une proclamation de score nul, à la limite, vaut mieux qu'une longue explication. Et les manifs, les grèves longues, les syndicalistes grandes gueules, font de bonnes images, et racontent à la France une histoire qu'elle aime entendre, avec ravissement ou effroi. L'encre de l'accord n'est pas encore sèche, que déjà le concert entame les premières mesures d'un magnifique suspense, comme il les aime: les députés socialistes, les terribles députés socialistes au couteau entre les dents, vont-ils accepter cet accord, ou le faire capoter ce "premier succès du hollandisme" ? Les paris sont ouverts.

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