Macron, Pétain, et la guerre des guerres
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chronique

Macron, Pétain, et la guerre des guerres

Comme sans doute une bonne partie de ma génération, mon adolescence fut Auschwitz, plutôt que Verdun. Dans les années 70, puis 80, la France n'en finissait pas de (re ?) découvrir l'extermination des Juifs, ou l'holocauste, ou la Shoah, qu'importe comment on l'appelle. Films, séries, découvertes sacrilèges d'historiens (forcément américains) sur la complicité française, Touvier, Papon, Bousquet, et Laval. Et Pétain, donc. Et Vichy, ce passé qui, décidément, comme disait Henry Rousso, ne passait pas. Sur la Première, la Seconde faisait écran. Le morne paysage des tranchées semblait immobile, ringard, aussi peu attirant que possible.  "Gueules cassées", était-il inscrit, sur les billets de loterie qu'achetait chaque semaine ma grand mère. Mon souvenir peut me tromper, mais il me semble que j'ai même connu, dans les années 60, les dernières Gueules cassées, vendant ces billets au coin des rues. Comme les affreux monuments aux morts des villages, ils faisaient partie du paysage. Aucun mystère apparent.

Et puis, assez tard, j'ai redécouvert la Première, dans toute son horreur bleu horizon. J'ai découvert que les victimes de la Première, la gueule dans la terre des tranchées, avaient droit elles aussi à toute mon attention, à tout mon respect, à toute ma compassion, à un silence aussi épais que les ombres d'Auschwitz. J'ai découvert cette absurde boucherie. J'ai découvert le rôle néfaste de la presse, dans l'excitation des nationalismes français, allemand, autrichien, serbe, russe, qui devait conduire à Sarajevo, puis à cette boucherie. Nous en avons même fait, en 2014, une de nos séries d'émissions d'été (à mon sens) les plus réussies.

Ce qui s'est passé hier, avec les confondants flottements de Macron sur Pétain, et la journée d'indignation (nationale et internationale) qui s'en est suivie, c'est une sorte de kidnapping du souvenir de la Première par la Seconde. Une victoire un peu en traitre de la Seconde sur la Première, dans la guerre des guerres, pour la conquête de la mémoire. Comme si Verdun, décidément, n'arrivait pas à conquérir le statut d'objet polémique à part entière. Comme s'il ne pouvait exister qu'un objet polémique de plein droit : 40-45. Je ne discute même pas des mots, incroyables d'inconscience, de Macron sur le Pétain de 40 ("funeste" ! vraiment, Manu, tu n'as pas trouvé autre chose pour la poignée de main à Hitler, le statut des Juifs, et le Vel d'Hiv  ?) Mais tout de même, sur Verdun, Verdun seule, le rôle du commandement, les mutineries, le statut précis du 11 novembre comme objet mémoriel, il me semble qu'il y aurait beaucoup à dire.  Envers et contre tout on va tenter, dans notre émission de la semaine. Sans oublier Pétain, évidemment.

Pétain WashPost
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