Ma consigne de vote. Ou pas.
Le matinaute
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chronique

Ma consigne de vote. Ou pas.

Rien ne m'a jamais semblé aussi vain, aussi ancien monde, que le journal qui donne "une consigne de vote". Au Monde, au siècle dernier, nous prenions ces choses très au sérieux. Débats byzantins avant chaque scrutin important. Faut-il donner consigne ? Ne faut-il pas ? Nos lecteurs ne sont-ils pas assez grands pour... ? Oui mais d'un autre côté... Il est vrai que l'on pouvait lire le journal sans en tirer forcément de conclusions définitives sur ses préférences politiques. D'autant qu'une rédaction de plusieurs centaines d'individus est forcément partagée. N'empêche que les lecteurs, qui avaient observé le journal feuilletonner sur les diamants de Giscard, devaient bien avoir une petite idée.

Le journal s'en tirait parfois en recourant à son jésuitisme habituel. Le chef d'œuvre en fut l'éditorial du directeur Jacques Fauvet, à la veille de l'élection de Mitterrand en 81 : il se concluait par cette question sybilline, à propos de l'alternance : "Pourquoi attendre ?" Chef d'œuvre d'ambiguïté. Ils avaient dû réfléchir longtemps avant de trouver ça. On aurait dit du Mitterrand avant l'heure, genre : "Une messe est possible". N'empêche qu'au soir du 10 mai 81, toute la haute hiérarchie du journal s'étreignit d'extase, en larmes paraît-il. Je n'y étais pas.

Si le journal de référence prenait la chose tellement au sérieux, c'est qu'il s'imaginait exercer une "influence", ce mot qui rime avec référence. À raison, d'ailleurs. Le peuple avait alors besoin de maîtres, d'estrades, de chaires. Qu'on lui balise des chemins clairs. Ou en tous cas, on aimait se l'imaginer. Les réseaux sociaux ont fait voler en éclats ce jardin à la française. Mille "moi" catégoriques ont succédé au grand impératif impersonnel.

Ici, sur ce site, on déconstruit les messages, c'est marqué sur la vitrine. On n'adresse pas nous-mêmes de messages. Même pas de consignes de survie, ou de salut public. Je me dis que si vous m'avez bien lu, si vous avez bien lu le site en général, et regardé nos émissions, vous vous serez fait une petite idée. Et dans les deux jours qui restent, vous êtes assez grands pour observer vous-même les courbes de la dynamique, ce mot magique des derniers jours, ce mot maudit, ce mot de tous les espoirs, et de toutes les craintes. Depuis 2002, nous savons que tout est possible dans les 48 dernières heures, tous les coups de cymbales, tous les coups de tonnerre. Quand se taisent, épuisées, les clameurs, la dynamique, dans l'ombre, continue de dynamiser. Où va-t-elle nous entraîner ?

Je fais mon malin, mais je brûle de vous donner ma petite consigne à moi (mon côté nouveau monde). Je ne vais pourtant pas le faire (mon surmoi ancien Monde). Pas ici. Je l'ai fait ailleurs, là où c'est autorisé, par exemple ici dans l'Empire du Moi, ou encore chez l'ami David Dufresne, qui m'a convoqué l'autre jour au poste, pour parler de guerre. Cliquez si ça vous chante. Et regardez les courbes. On ne dirait pas qu'elles vont parler ?


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