LFI dans les médias : un "clientiélisme électoral" à géométrie variable
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LFI dans les médias : un "clientiélisme électoral" à géométrie variable

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Quand le Monde titre "Liens entre partis et islamisme : la commission d'enquête documente la stratégie électorale de LFI" tout en résumant dès le chapô de cet article du 19 décembre que ladite commission "échoue à démontrer une quelconque collusion systémique", le quotidien s'attire les foudres du journaliste Rémi Carayol. "À montrer dans toutes les écoles de journalisme, à la rubrique: «Ce qu'il ne faut surtout pas faire»", poste-t-il avec la précision suivante : "À la décharge du ou de la SR (secrétaire de rédaction, ndlr), l'article est un bijou d'ambiguïté." Le journaliste politique du Monde Christophe Ayad y conclut : "Comme d'autres auparavant, du PCF à la droite conservatrice, LFI se livre assurément à un clientélisme électoral envers la communauté musulmane." 

Rien de bien nouveau sous le soleil de ce "procès ordinaire en clientélisme, fondé sur des préjugés racistes, qui aura activement contribué à la normalisation de l'islamophobie ainsi qu'à la diabolisation de la gauche par la presse française", pour citer une récente analyse d'Acrimed. La journaliste Pauline Perrenot y rappelle en particulier deux éléments. D'une, "il existe des stratégies électoralistes au sein des partis politiques, a fortiori chez ceux dont les pratiques et le fonctionnement s'inscrivent dans un processus de conquête du pouvoir par les urnes, qui plus est au sein de la Ve République". De deux, "différents cadres ou députés insoumis, jusqu'à Jean-Luc Mélenchon lui-même, n'ont d'ailleurs jamais fait mystère de leur volonté de mobiliser des habitants des quartiers populaires, où l'abstention est traditionnellement forte".

Mais si l'on s'extrait du procès en racisme des médias avides de pointer cette stratégie électoraliste de LFI envers l'électorat des quartiers populaires (résumée au "vote musulman"), cela amène une autre question : pourquoi les mêmes médias, les mêmes chefferies des mêmes services politiques, les mêmes journalistes rubricards ou éditorialistes qui rebattent nos oreilles et nos yeux tous les jours de l'année à propos de LFI, s'abstiennent-ils de proposer des analyses, éditoriaux et reportages cadrés de la même façon pour d'autres partis politiques, en particulier du centre, de la droite et de l'extrême droite ?

Un exemple concret valant mieux que mille mots, je vous propose un autre clientélisme : celui des responsables politiques envers le patronat. On le croise notamment quand Bruno Retailleau, Marine Le Pen ou Jordan Bardella se rendent à l'interrogatoire des patrons de l'organisation de Sophie de Menthon (qui dispose d'émission d'interviews de patrons sur CNews), Ethic, au très parisien Cercle de l'Union interalliée, rue du Faubourg Saint-Honoré.

Quel est alors le champ lexical employé par les rares médias rapportant l'information ? Dans Valeurs actuelles et l'hebdomadaire local Affiches Parisiennes, Bruno Retailleau "dévoile" ou "fait" des "propositions économiques". Des propositions consistant notamment à (retenez votre souffle) "encourager l'investissement", comprendre des aides aux entreprises, mais aussi diminuer les cotisations sociales, ou supprimer le collège unique. Jordan Bardella, lui, est venu en "opération séduction" proposer "travail, ordre et prospérité" en présentant "son programme économique" pour citer le résumé de l'Opinion – ou "faire la cour aux petits patrons" selon Causeur. De son côté, le Nouvel Obs indique que le RN "courtise les patrons". Un choix moins engageant que le premier titre choisi à en croire l'URL de l'article ("le RN cible les patrons"). BFM Business, relayant l'Opinion, estime que Bardella "joue la carte pro-business"

Si les registres de la séduction et de la stratégie sont employés avec LFI, aucun de ces articles sur la droite et l'extrême droite n'emploie le terme "clientélisme". Pas plus qu'il ne figurait dans les nombreux contenus médiatiques rapportant les "Dîners des sommets" organisés par Laurent Wauquiez aux frais du contribuable avec le gratin du patronat régional. Pas plus qu'il ne figure quand la presse évoque l'obsession anti-taxation (des riches) de Gérald Darmanin. Pas plus, surtout, que ces informations ne déclenchent systématiquement des éditoriaux demandant avec gravité si la République est en danger. Conclusion ? Braconnez vos voix chez les classes supérieures, les retraités aisés, les patrons, les catholiques pratiquants (en vous rendant à Lourdes par exemple), les services politiques n'y verront que l'habituel jeu démocratique. Suggérez que les musulman·es sont injustement stigmatisés, défendez les Palestiniens, et votre "clientélisme électoral" deviendra aussitôt suspect.

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