Leonarda, et elle seule
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chronique

Leonarda, et elle seule

Pour la première fois depuis le début du quinquennat, Hollande devait trancher.
Trancher vraiment. Pas de synthèse possible, dans l'affaire Leonarda, entre Valls et les lycéens. Oui ou non, blanc ou noir. Une fois établi que la loi a été respectée, mais que la police a manqué de "discernement" (lire ici le rapport de l'inspection générale de l'administration), ce qui laissait au pouvoir les deux solutions ouvertes, il fallait trancher. La famille Dibrani rentre, avec ses frusques et ses reporters dans ses valises, ou bien elle ne rentre pas. On attendait avec curiosité.

Finalement, ce sera ces deux mots : Leonarda, et elle seule. Ni le père, ni la mère, ni les frères et soeurs. Tant qu'à faire, Hollande aurait pu imaginer d'autres trouvailles géniales : la famille rentre, mais seulement une semaine sur deux. Ou bien elle revient à mi-chemin, entre Mitrovica et le Doubs, quelque part en Italie, sans doute. C'auraient été d'autres solutions à la Hollande. Mais non : la gamine, et elle seule. On aurait pensé à tout, sauf à ça.

En quoi cette affaire Leonarda nous transforme-t-elle ? En apprentis juges aux affaires familiales, d'abord. En membres d'un grand jury national de l'intégration, examinant paresseusement les pièces du dossier, de JT en JT. Le père, non. Qu'il a apprenne d'abord à se passer de sous-titres, on verra ensuite. Et puis franchement, ces mensonges sur sa nationalité, celle de ses enfants, sur son permis de conduire ! Pas de menteurs, dans la communauté nationale. La mère ? Opinion réservée. On l'entend peu. Pourriez-vous dire trois mots aux caméras, madame, qu'on se fasse une opinion ? Reste la gamine. Français correct. Sens de la répartie indéniable. Evidemment, beaucoup d'absentéïsme. Avertissement, mais récupérable.

Mais ça va plus loin. Comment la peur nous transforme en monstres, voilà ce que révèle aussi l'affaire Léonarda. Ce Hollande, par exemple. Un tournant du quinquennat ? On verra bien. Mais un tournant dans notre rapport intime à l'élu du suffrage universel, certainement. Jusque là, un brave type. Rien à lui reprocher humainement. Incapable de trancher, c'est un fait. En matière fiscale, par exemple, ou de réforme bancaire, ou de réforme des retraites, c'est condamnable, mais compréhensible. On n'a pas découvert au lendemain de son élection que Hollande incarnait jusqu'à la moëlle le compromis social-démocrate. Et soudain, que se passe-t-il ? A force de ne pas savoir trancher, le voilà, tout tranquille, qui tranche dans la chair d'une famille. Et qui réussit cet exploit : faire passer Valls, le Valls droit dans les bottes de la loi, le Valls qui incarne sans complexe la lepénisation des esprits, faire passer Valls pour, au fond, plus humain que lui ! Ce "et elle seule" est un marqueur. Quiconque, en entendant ces mots, aura ressenti autre chose que de l'incrédulité et du dégoût, quiconque aura seulement imaginé d'analyser ce "et elle seule", comme une parole politique digne d'une analyse normale, nous restera étrangement étranger.

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