Le débat, et ses mythes
Le matinaute
Le matinaute
chronique

Le débat, et ses mythes

Personne ne pourra dire que les vraies questions n'ont pas été abordées

, que les vrais enjeux sont dissimulés, qu'on nous cache tout. Nous savons tout de la longueur de la table, des climatiseurs "discrètement situés" sous cette table, et de la température optimum (19 à 20 degrés). Reste l'indispensable part de mystère: nous ne savons pas, statistiques à l'appui, lequel des deux transpire le plus. Et nous ignorons après quelles tractations exactement le réalisateur commun a finalement été choisi. Nous savons que Sarkozy a refusé d'être filmé de profil. Mais nous ne savons pas pourquoi. Crainte des "plans Pinocchio" ? Nous savons enfin que "le débat" ne servira pas à grand-chose, les sondeurs expliquant que jamais un débat n'a inversé leur tendance. Ce qui ne les empêchera pas de sonder à chaud pour savoir qui est "le vainqueur". Car à ce tournoi, comme à ceux du Moyen-Âge, il faut "un vainqueur".

Epousailles sublimes de la constitution de 58 rectifiée 62 et de la vidéosphère, Alpe-d'Huez de la bipolarisation politique, du noir contre blanc, de la nuit contre la lumière, de ce scrutin majoritaire qui craque de tous les côtés, le "débat-de-l'entre-deux-tours" est la seule série télévisée dont on ne diffuse un épisode que tous les cinq ans. Ce qui suppose, à destination des jeunes comme des vieux, des rediffusions abondantes des "grands moments" des débats précédents ("vous n'avez pas le monopole du coeur", "je ne suis pas votre élève", "vous êtes l'homme du passif", "les yeux dans les yeux je vous dis", etc). C'est l'instant d'extase des journalistes politiques, la récompense quinquennale de tant d'efforts. C'est aussi une mise en scène obsessionnelle du mythe de l'Egalité. Oublié les distinctions entre champion et challenger, entre petits et grands, entre ceux qui ont enveloppes et valises, et ceux qui n'en ont pas. Tous deux égaux devant les règles, et d'abord devant le chronomètre.

Aucune mythologie républicaine ne nous laissant indifférents, nous le suivrons ce soir en direct, ce débat, avec vous. Venez sur le site, dès 21 heures, poser vos questions, et en être les critiques. Et, autant qu'il sera possible, chacun à notre place, troubler le jeu.

Partager cet article Commenter

 

Cet article est libre d’accès
En vous abonnant, vous contribuez
à une information sur les médias
indépendante et sans pub.

Déjà abonné.e ?

Voir aussi

Ne pas manquer

Abonnez-vous

En vous abonnant, vous contribuez à une information sur les médias indépendante et sans pub.