Le 17 septembre 2008, le Financial Times a-t-il trahi le journalisme ?
Le matinaute
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chronique

Le 17 septembre 2008, le Financial Times a-t-il trahi le journalisme ?

Le bestiaire du journalisme vendu, connivent, dissimulateur, du journalisme d'initiés, s'enrichit cette semaine d'un nouveau specimen : le journaliste du Financial Times qui n'a pas alerté ses lecteurs d'une panique bancaire, d'un "bank run", lors de la crise financière de 2008. C'est dans une série du Financial Times pour le dixième anniversaire de la crise, série résumée dans un article de L'Obs, article lui-même repéré hier par la revue de presse de Claude Askolovitch sur France Inter, que John Authers passe aux aveux. Il "admet avoir caché la gravité de la crise en 2008". "Il est temps pour moi d'admettre qu'un jour, j'ai délibérément dissimulé des informations importantes à mes lecteurs", écrit-il.

Le titre de L'Obs n'est pas tout à fait exact. Ou plutôt, Authers lui-même a nuancé son récit, dans une note de blog, quelques jours après parution dans le FT, sans doute effrayé par les réactions suscitées par son texte. En réalité, l'affaire est un peu plus complexe.  Le 17 septembre 2008, à l'heure du déjeuner, tous ses articles alarmistes du matin rédigés, Authers se rend à la Citibank, et transfère la moitié de ses avoirs personnels à la Chase Manhattan Bank, de l'autre côté de la rue. Il ouvre aussi des comptes à ses enfants et à sa femme, dans le but de quadrupler le montant de ses dépôts assurés contre un krach. Et il observe autour de lui de nombreux "wall streeters", reconnaissables à leur habillement impeccable, en train de procéder à des opérations similaires. C'est cette scène de "panique douce", que Authers se reproche de ne pas avoir photographiée, pour en publier l'image.

L'information brute, chiffrée, alarmante, celle qui permettait à tout lecteur du Financial Times doté d'un sens minimal de la déduction, de tirer lui-même les conclusions sur la gravité de la situation financière, son journal, assure-t-il, l'a donnée. Ce qu'il a caché à ses lecteurs, c'est "seulement" la scène de tous les traders et journalistes en costume, faisant la queue à la banque, pour étaler leurs risques. Il se défend aujourd'hui en expliquant que cette photo aurait elle-même accentué la panique. Cette photo aurait-elle constitué une information ? Aurait-elle injustement alarmé ? Le 17 septembre 2008, John Authers a-t-il trahi sa mission de journaliste ? Avec dix ans de recul, Authers assure qu'il le referait aujourd'hui. Mais son récit, dûment amplifié et déformé, restera au passif du journalisme en général.

Authers


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