La secte Apple
Le matinaute
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chronique

La secte Apple

On a beau chercher, on ne voit pas à quoi comparer, disons depuis l'aube de la chrétienté

, la frénésie technolâtre occidentale autour des dévoilements des dernières trouvailles de la maison Apple. L'attente de l'an mil (je n'y étais pas) ? La sortie des albums des Beatles (je m'en souviens à peine davantage) ? Plus diffuses, plus étalées dans le temps, les inventions de l'imprimerie, du téléphone, de la télévision ou de l'ordinateur n'ont pas donné lieu à des célébrations comparables. Les rumeurs, la fièvre, et enfin le grand jour, le dévoilement, la prise en main, l'apothéose, l'extase : il y a bien du religieux, dans cette communion hystérique. C'est bien une secte planétaire (enfin, disons nord-planétaire) qui s'invente des outils toujours plus sophistiqués pour se donner en spectacle. Après ça, allons railler les transes chamaniques, nous moquer du Mandarom, ou pourchasser la Scientologie !

La dévotion collective est d'autant plus stupéfiante que c'est dans la planète Internet, que se recrutent les adeptes les plus frénétiques, c'est-à-dire dans la frange la plus critique, la plus sceptique, la plus railleuse, la plus frondeuse, la plus libertaire, de la population mondiale. On a le droit de se moquer de tout le monde : Obama, Sarkozy, Sarah Palin, Tiger Woods. Tout est matière à dérision. On a le droit de mettre en doute le 11 Septembre, ou le réchauffement climatique. Un seul nom désarme instantanément les scepticismes : Steve Jobs. Qu'il entre en scène, qu'il vide ses grandes poches, qu'il fasse sa blague préférée de tonton à banquets, celle du faux oubli qui annonce la vraie annonce ("one more thing"), et vous voilà tous redevenus des petits garçons agenouillés devant les anges, et qui se précipitent sur leurs twitters pour annoncer la Bonne Nouvelle.

On se demandait, lors d'une de nos dernières lignes j@unes, si la sainte trilogie (Microsoft Google Apple) achetait les médias, à coups d'invitations en Californie, ou de petits cadeaux. Sans exclure cette explication, il faut bien admettre que les adeptes, dans leur majorité, sont pleinement consentants. Au point que leur technolâtrie leur masque la face triviale de l'événement : la dernière trouvaille, l'iPad , que tamtamise ce matin la Toile (je renonce à vous mettre des liens, j'y passerais la journée) permet de faire exactement tout ce que fait l'iPhone. Il est simplement beaucoup plus gros, c'est à dire bien moins pratique. Je vous entends d'ici : je fais l'esprit fort, mais j'en ai été assez fier, l'automne dernier, de notre application iPhone. Je vous l'ai assez vendue, sur le site ! Oui. Je reconnais humblement y voir un très séduisant moyen de communication, mais pas un objet sacerdotal. Voilà. Les choses sont dites. Je m'offre à présent à vos flagellations.

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