La Hadopi et les mini Bill Gates
Le matinaute
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La Hadopi et les mini Bill Gates

Après le bouclier, donc, la Hadopi.

Les symboles tombent comme feuilles mortes au printemps. Devant le bigbizness du web, rassemblé sous les ors de l'Elysée dans un machin réconciliateur baptisé CNN (Conseil National du Numérique. "Les Américains nous observent. La preuve, ils viennent de créer une chaîne" twittait hier un rigolo), devant les mini Bill Gates, proto-Bill Gates, et futurs Bill Gates français, donc, rassemblé à grands renforts de danse du ventre, Sarkozy a enterré la Hadopi. Enfin presque. Voici sa phrase, que l'on est prié de relire à plusieurs reprises: "On me dit : "Est-ce que vous êtes prêts à un Hadopi 3?" Bien sûr que j'y suis prêt. Mais je suis même prêt à un Hadopi 4 qui serait la fin d'Hadopi parce qu'on aurait trouvé, vous auriez trouvé un système qui permette de garantir la juste rétribution de celui qui est écrivain, qui est auteur, qui est compositeur, qui est réalisateur." (pour la version vidéo, c'est ici). Relire quatre fois, donc. Et comprendre la phrase pour ce qu'elle veut dire: vous les petits génies du code et du développement, qui faîtes si bien les malins, à vous donc d'inventer le code infaillible qui permettra de coincer le boutonneux qui prétend télécharger gratuitement dans sa chambre à posters.

On peut moquer la tentative sarkozyenne. On peut moquer la maladresse de l'Elysée, qui éprouvait le besoin, en fin de journée, de rectifier le tir sur son site, pour apaiser l'angoisse de Johnny et de Pascal Nègre. Mais la tentative du pouvoir est claire: couper le web en deux. Faire la part du feu, entre le bon web (Xavier Niel, et tous les autres mini Bill Gates français), et le mauvais (Plenel, le boutonneux qui télécharge dans sa chambre à posters, et Julian Assange). Bon. Le pari n'est pas forcément idiot. Il peut être ainsi formulé: passée une première période d'euphorie liée à l'exploration d'une technologie radicalement nouvelle, et grisante, la "communauté des internautes" va-t-elle se dissoudre, et les antagonismes économico-idéologiques traditionnels (riches et pauvres, producteurs et consommateurs, exploiteurs et partageux) vont-ils se reconstituer ? Je sais ce que vous objecterez: impossible ! Le boutonneux et Niel ne sont qu'un. Niel est un ancien boutonneux, et le boutonneux est un futur Niel. Réfléchissez tout de même à ceci: entre le boutonneux et le Niel d'aujourd'hui, il y a vingt-cinq ans. C'est court, vingt-cinq ans. Et c'est long.

A propos de la Hadopi, l'information la plus intéressante, que peu rappellent, est tout de même celle-ci: à l'heure où écrit le matinaute, la Hadopi n'a pas encore prononcé une seule coupure de ligne de pirate pris sur le fait. Des heures et des heures de débat parlementaire, de furieuses polémiques philosophico-techniques sur le bidule, n'auront donc servi rigoureusement à rien d'autre qu'à manipuler du symbole. Ce qui est d'ailleurs cohérent: l'avantage d'un symbole, c'est qu'on peut en même temps, avec un peu d'adresse, le tuer et le conserver symboliquement.

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