La devinette
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La devinette

Elle est à l'Opéra Bastille, dans la rangée des VIP. On est sous Sarkozy, en 2010.

A côté d'elle, s'asseoit un vieux couple. Lui est à côté d'elle. Soudain, Alexandra Besson sent la main de l'homme sur son genou. Elle repousse la main. La main revient. Monte le long de sa cuisse. Lutte silencieuse. Elle plante ses ongles dans la main intruse. A l'entracte, elle change de place. A l'entracte, son père la rejoint. Son père c'est Eric Besson, ministre de Sarkozy, et mémorable traître au PS. C'est pour cette raison, qu'elle a le droit d'être dans la rangée VIP. Le garde du corps de son père lui donne le nom du vieux Monsieur. C'est un ancien ministre de Mitterrand.

Sur le moment, elle ne dit rien. Pendant sept ans. Et hier soir, Ariane Fornia (c'est son nom de plume) raconte, sur son blog de voyages, parmi les autres agressions dont elle a été victime depuis sa pré-adolescence. Elle aussi, elle balance son porc. Comme les étudiantes en journalisme d'une école parisienne, et toutes les autres, qui n'ont rien dit sur le coup, et décident que c'est le moment. Parce que ça suffit. Parce que le moment, il faut le saisir. Parce que si on pouvait en terminer, une fois pour toutes. Donner le dernier coup d'épaules pour faire tomber enfin la statue vermoulue. Et accessoirement, rappeler qu'agressions et harcèlement, ce n'est pas seulement dans "les quartiers difficiles". C'est aussi dans les grandes écoles. A l'Assemblée. Et, donc, dans la rangée VIP de l'Opéra Bastille.

Sur son blog, donc, Besson-Fornia (comment l'appeler ? Qui parle ? La citoyenne, ou la romancière ?) livre des détails sur l'agresseur. C'est une "statue vivante" (justement). Il est décoré de l'ordre national du Mérite. Il a occupé plusieurs postes "régaliens" dans les gouvernements Mitterrand. Mais elle ne donne pas son nom. "Un reste de peur", dit-elle. Evidemment, c'est trop ou trop peu. Sur son blog, elle joue aux devinettes. Aussitôt, je joue avec elle, comment faire autrement ? Le Trivial Poursuite des ministres de Mitterrand tourne à plein régime. Plusieurs postes régaliens. Chevènement ? Il coche les cases. Il a été à l'Intérieur, et à la Défense. Badinter n'a été qu'à la Justice. Et puis pas Badinter, tout de même ! Joxe ? Oui ça collerait. Intérieur et Défense. Mais non. Pas Joxe, reconverti à sa retraite en avocat des juridictions du travail, c'est à dire en avocat des pauvres (et que nous avions reçu avec admiration). Non, ce comportement de prédateur, ne peut pas être celui d'un homme "de gauche", de la vraie gauche. Ah tiens, Dumas. Ah oui, ça pourrait ressembler à Dumas. Mais les Affaires Etrangères, c'est régalien ?

Et puis, le soir, Ariane-Alexandra donne à L'Express la réponse à la devinette. C'était Joxe. Aux medias qui l'appellent aussitôt, Joxe se déclare "abasourdi". Il demande si c'est "un mauvais canular". Il se réserve d'attaquer en diffamation, mais n'est pas encore certain. Bref, on saura peut-être, ou non. En attendant, si on peut se permettre un odieux conseil de mec aux femmes qui décident de parler : un nom, on le donne, ou on ne le donne pas. Les deux solutions se défendent. Les deux peuvent avoir d'excellentes raisons. Mais on ne joue pas aux devinettes. Pardon à Badinter, Chevènement et Dumas, pour quelques heures d'errance intérieure.

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