La bande des Cinq, et les gazelles de TF1
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La bande des Cinq, et les gazelles de TF1

Des pudeurs de gazelles, dit tout d'un coup Mélenchon. Et cela résume ces trois longues heures d'évitement

, où chacun des Cinq aura couru dans son couloir. Surtout ne pas se frotter aux autres davantage que nécessaire pour faire croire à un match. Vous avez dit Penelope ? Vous avez dit Arnys ? Vous avez dit Bourgi ? Vous avez dit Françafrique ? Vous avez dit la main dans le pot de confiture ? Vous avez dit termites dans le manoir de famille? Vous avez dit néo-nazis dans l'entourage ? Aucun de ces gros mots n'a été prononcé. Tout juste Hamon a-t-il réussi à placer une attaque en biais contre les donateurs anonymes de Macron, avant d'être vite renvoyé dans ses cordes. Pour le reste, rien. Pas le moindre tintement de casserole, ce silence renforçant la terrible impression qu "'ils" se tiennent tous par le manche de la casserole. Constituante, perturbateurs endocriniens : même nos refrains favoris commencent à faire rengaine.

Avec le recul, l'élimination du débat, par TF1, des six autres "petits" candidats en prenait une couleur étrange. Des fois qu'un de ces malappris se serait permis une entorse aux usages, et ait réussi à attraper un mollet, pour ne plus le lâcher. Bien entendu, comme dit TF1, débattre à onze n'est pas facile. Mais pas davantage à cinq. D'ailleurs, pourquoi la chaîne Bouygues se soucierait-elle d'argumenter ? Le groupe s'est offert un mercenaire de choc, en la personne de Yann Barthès, qui avait consacré toute son avant-soirée, sur la chaîne satellite TMC, à manger des yeux les deux gazelles de la maison-mère, la gazelle Bouleau et la gazelle Coudray, et à ridiculiser consciencieusement Dupont-Aignan, coupable d'avoir protesté, l'avant-veille, contre son exclusion par TF1. Parvenir à nous faire compatir avec Dupont-Aignan il faut le faire.

Toute son avant-soirée ? Pas toute. Disons la moitié de son émission, l'autre moitié étant consacrée à débusquer le ministre de l'Intérieur Bruno Le Roux, dont la journaliste Valentine Oberti a exhumé les 24 CDD d'assistants parlementaires signés à ses deux filles, entre 2009 et 2016. L'ainée a signé son premier contrat à 15 ans, la seconde à 16 ans. Après la fille Fillon, donc, les gamines Le Roux. Quels surdoués, ces rejetons de parlementaires. Si je résume : Barthès sort un scoop, et dans la foulée cire les pompes des collègues qui vont ensuite consacrer toute leur soirée à étouffer les révélations du même ordre. S'il y a une cohérence, elle m'échappe. Mais qui perd encore son temps à chercher des cohérences ?

Et le débat donc ? Résume-nous le débat, matinaute ! Dis-nous, comme BFM, qui fut le plus convaincant ? Faut-il vraiment? Alors je laisse la parole à un fin observateur.

Bref, s'il faut vraiment, voilà. Chacun des Cinq aura fait entendre sa note personnelle, bien connue désormais, comme si chacun se contentait finalement, chacun pour ses raisons, du destin que lui assignent aujourd'hui les sondages : les éliminés perdre dans l'honneur, les finalistes finaliser consciencieusement, et l'ensemble se terminer conformément aux prophéties de Saint Ipsos et Sainte Ifop. Sauf que les prophètes ont la main qui tremble, ces temps-ci, et que la seule chose qui est certaine, c'est que rien n'est certain. Consolation : cette fois Le Pen est dans la bande comme les autres. La bande des quatre, que Le Pen père passa sa vie à déchiqueter, est devenue la bande des Cinq.

Prophétie de saint Ipsos, 8 et 9 mars 2002

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