Influenceurs : au paradis des "j''adoooore"
chronique

Influenceurs : au paradis des "j''adoooore"

L'intérêt de certains faits divers, c'est qu'ils permettent de soulever le couvercle sur des milieux sociaux, des pratiques sociales, politiques ou commerciales, qui resteraient sinon largement ignorés. L'affaire de Skyline Airways, la compagnie aérienne fantôme vantée dans ses émissions de C8 par Cyril Hanouna n'en finit pas de révéler tout un monde "d'influenceurs" et "d'influenceuses", aux intérêts inextricablement entremêlés avec les grosses sociétés de production audiovisuelles, et qui, mis en relation avec des marques par des intermédiaires comme la fameuse "Shauna Events" de la chroniqueuse Magali Berdah, vantent et vendent sur Youtube ou sur Instagram toutes sortes de produits, aux limites de la légalité.

On trouve tout, au paradis des influenceurs. Des bonbons vegan, des doudous, des bijoux, des lunettes, des compléments alimentaires, des produits de blanchiment de dents aromatisés, promus à grand renfort de petits coeurs, de " trop génial", et de "j'adoooore". Mais on y trouve surtout, comme le montre notre enquête, des jeux concours sans règlement, des sites sans conditions générales de vente ni mentions légales, des produits de parapharmacie dont les effets secondaires ne sont pas mentionnés, et toutes sortes de produits "en promo"...au double ou au triple du prix auquel ils sont proposés ailleurs. Bref, une joyeuse jungle, une ébouriffante zone de non-droit.

Pour former ce fleuve en crue des "j'adoooore", confluent deux rivières. La troupe des candidats et ex-candidats aux émissions de téléréalité, surtout connus pour être connus, comme disait (je crois) Desproges, dont l'étalon est l'emblématique Nabilla (lire ici et la savoureuse exploration de sa galaxie par Klaire). Et des youtubeurs et youtubeuses, comme Cyprien ou TiboInshape, ayant acquis leur notoriété, et formé leur communauté, grâce à leurs sketches sur la plateforme vidéo de Google. Ainsi, ces deux dernières décennies, nouveaux et anciens medias ont convergé, pour édifier un modèle économique dans lequel toute micro-parcelle de notoriété est immédiatement monnayée.

Dans la coulisse, les bénéficiaires ultimes du business des "e-infuenceurs" sont en effet les mêmes qui, voici vingt ans, lancèrent la téléréalité en France. C'est par exemple la holding Banijay, propriété de Stéphane Courbit (jadis producteur de Loft Story, aujourd'hui 114e fortune française selon Challenges), aujourd'hui producteur des émissions de Cyril Hanouna par l'intermédiaire de sa filiale H2O, qui vient de racheter Shauna Events "leader européen des e-influenceurs" comme ils disent eux-mêmes. Comme toute jungle qui se respecte, ce e-bazar est touffu. Pour vous aider à vous y retrouver, nous venons de créer un dossier, à consulter d'urgence, pour ne pas vous laisser influencer.

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