Hillary clinton, l'hyper décryptage
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Hillary clinton, l'hyper décryptage

Breaking news : d'après nos sources, c'est par un Tweet, un simple Tweet

, que Hillary Clinton annoncerait sa candidature aux primaires démocrates. Un petit Tweet comme vouzémoi, 140 signes pas un de plus, aucune dérogation, entre le boeuf et l'âne gris, quelle modernité, quelle humilité ! De source bien informée, ce Tweet devrait intervenir dans quelques minutes. Et attention, retenez votre souffle, le voici, qu'il est beau, qu'il est dense, qu'il est surprenant. Et son clip ! Admirez, dans cette fresque de la "classe moyenne", le dosage : des jeunes, des retraités, toutes les minorités ethniques représentées, et même un couple gay mâle (parlant) et un couple gay lesbien (muet, il ne faut pas exagérer). Savez-vous comment le couple gay mâle a appris qu'il figurerait dans le clip ? Lisez, nous vous le révélons en exclusivité.

Et humble, on vous le disait : elle va partir seule, dans une camionnette rigolote, dans un "road trip" en direction de l'Iowa, à la rencontre des bouseux parmi les bouseux. Pas de journalistes : elle twittera ses rencontres. Savez-vous pourquoi ? Si elle commence sa campagne par l'Iowa, c'est pour effacer les souvenirs d'arrogance de sa campagne ratée de 2008, quand elle avait semblé vouloir être investie avant l'investiture. Ah oui, on oubliait de vous dire : il est aussi prévu qu'elle fasse de l'humour.

Le plus frappant, dans l'objet médiatique baptisé "entrée en campagne de Hillary Clinton", non-événement qui sature étrangement toute la presse française, c'est la simultanéité parfaite des messages envoyés au public (le tweet d'annonce, le clip de candidature) et de l'exégèse surabondante de ces messages, au point que ce décryptage devient involontairement le message lui-même, soulignant l'hyper-lucidité de la machine décrypteuse. Simultanéité ? C'est plutôt d'écrasement, que l'on pourrait parler, l'écrasement du message par son hyper-décryptage, un hyper décryptage qui s'applique consciencieusement à passer sous silence ce qui devrait pourtant nous concerner davantage que les péripéties en Iowa (ou les variations capillaires de la candidate) : les positions très "faucon" de la dame en politique étrangère, sur l'Irak avant-hier, ou la Syrie hier. Comme pour vérifier une fois de plus la règle de proportionnalité inversée : plus le message est pauvre, plus abondant est son décryptage.

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