Duopole et siphonnage sont dans un bateau
Le matinaute
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Duopole et siphonnage sont dans un bateau

Rien n'est plus délectable que les savantes explications des sondeurs ensablés les lendemains de scrutins. Pourquoi les sondages des Européennes ont-ils sous-évalué le résultat de EELV et surévalué celui de la droite de Bellamy ? Brice Teinturier (IPSOS) a trouvé la réponse : le double siphonnage. Attention démonstration : pendant que Macron siphonnait la droite, EELV siphonnait Macron. Ciel ! Un siphonnage en a caché un autre. Et voilà pourquoi votre sondeur fut muet. Et la presse de droite s'abandonna à l'autosuggestion Bellamy.

De toutes manières, ajoute l'expert, ce double siphonnage était parfaitement sensible dans les derniers jours, puisqu'on était "en dynamique". Avec quelques jours de plus, les sondages eûssent été parfaits. Et à peine a-t-il fourni cette double explication lumineuse, que Léa Salamé (France Inter) interroge l'expert sur le seul sujet digne d'intérêt...la présidentielle de 2022 : "le duopole (NDR : RN / LREM) est-il installé ?"  Et voici la meilleure : il répond ! Il remonte à cheval. Insubmersibles.

Duopole : quel joli mot ! De la réduction de la politique à ce "duopole" par la machinerie médiatique, démonstration hier soir sur le plateau de TF1. Le lepéniste Collard ayant fait remarquer que TF1 avait choisi pour "grand témoin" le macroniste Cohn-Bendit,  s'ensuivent deux minutes de pugilat et d'insultes (je ne mets pas de lien. Cherchez vous-même). Ces deux minutes ne traduisent pas seulement le naufrage d'une chaîne privée qui, pour surnager dans la concurrence, exhibe des monstres. Elles traduisent l'état exact du débat politique français passé à la moulinette des médias privés, c'est à dire réduit à l'état de "duopole". 

Pour le reste, n'attendez pas ici de fulgurants commentaires sur ce scrutin qui, à mes yeux, s'inscrit surtout dans la longue liste d'élections qui ont laissé froid un électeur sur deux. C'est cette absence, qui me crève les yeux, et l'aveuglement à cette absence que traduit par exemple ce titre du Monde, qui démontre à quel point le réel peine à émerger. 

Je ne sais pas si c'est un confrère du Monde ou de l'AFP qui a rédigé ce titre. Mais certainement, ces six derniers mois, était-il sur une autre planète. Certainement, il n'a pas entendu, à propos des élections et de la démocratie représentative, le rejet exprimé par le mouvement social le plus original que la France a connu depuis longtemps (voir par exemple ici). Sur ce sujet, lire plutôt cette analyse de la philosophe Barbara Stiegler dans Libération. Et si vous voulez approfondir, retrouvez-la sur notre plateau. Les bonnes émissions vieillissent bien.

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