Du côté des Amish de Bruxelles
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Du côté des Amish de Bruxelles

En provenance de ce trou noir médiatique nommé Parlement européen, proviennent, pour le climat, de bonnes et de mauvaises nouvelles. Bonnes nouvelles : les secteurs aérien et maritime, gros pollueurs, pourraient voir leurs émissions passer dans le giron du marché carbone européen.  "Jusqu'ici, rappelle Aude Massiot, de Libération, ils avaient réussi l'entourloupe de ne pas être couverts par l'accord de Paris sur le climat". Autre bonne nouvelle : le Parlement a voté pour mettre fin aux permis de tricher des constructeurs automobiles, qui avaient pris l'habitude de truquer les tests de pollution au Diesel de leurs voitures. Terminé !

Même les Amish les plus Amish -pour reprendre la délicate formule d'Emmanuel Macron, à propos des sceptiques de la 5G- ayant parfois des faiblesses, le même Parlement européen "a approuvé la possibilité de financer des projets gaziers, qui brûleront donc une énergie fossile néfaste pour le climat, avec l’argent (public) du fonds pour la transition", rappelle encore Libé.  Cet argent public va donc être dépensé pour permettre à des pays dépendant des énergies carbonées de s'enfoncer encore plus dans leur dépendance.

Incohérent ? Oui. Cela nourrira-t-il un débat en France ? Non. Car il y a un point commun à ces bonnes et ces mauvaises nouvelles, comme le relève Aude Massiot : les citoyens européens n'en sauront rien, les medias nationaux préférant traditionnellement les polémiques à consommation purement nationale, comme sur le point de savoir si la demande d'un moratoire sur la 5G (voir notre émission) vous catapulte immédiatement dans l'adhésion, donc, au "modèle Amish" de Macron.

Dernier exemple en date de cette euro-indifférence : pas une télé française n'a retransmis en direct le discours sur l'Etat de l'UE de sa nouvelle présidente, Ursula Von der Leyen. Charbon, homophobie, exigence d'une meilleure répartition des migrants vers l'Europe de l'Est : von der Leyen a pourtant affiché des objectifs précis. On peut les juger excessifs ou insuffisants, encore faut-il les connaître. Or, hormis dans la revue de presse de Camille Magnard sur France Culture, qui a eu l'idée d'aller chercher les réactions de la presse polonaise, en avez-vous entendu parler aux radios du matin ?

Ce n'est pas que l'Europe soit absente de la conversation française. Elle y est au contraire omniprésente, mais comme une sorte de totem ou de repoussoir permanent, que se renvoient sans fin europhobes et eurolâtres, sans jamais s'abaisser à considérer la réalité de l'objet en lui-même.


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