Du bon usage de Delfraissy
Le matinaute
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Du bon usage de Delfraissy

J'ai l'air fin. A peine avais-je écrit, ici, hier, tout le bien que j'avais pensé de l'émission du président du Conseil scientifique Jean-François Delfraissy sur BFM, que le même Delfraissy se faisait épingler par quelques confrères -la "Grande gueule" de RMC Olivier Truchot ou la journaliste du Figaro Marion Mourguepour avoir accordé à Libé une interview dans laquelle il semblait dire le contraire. De quoi s'agit-il ? "Nous sommes dans une semaine critique" disait-il sur BFM ;"On n'est pas à une semaine près" rectifiait-il dans Libé, à propos de l'hypothèse d'un troisième confinement. Pour le reste, sur l'analyse de l'évolution de la pandémie, sur la nouvelle phase dans laquelle nous font entrer les nouveaux variants, il dit exactement la même chose sur BFM et dans Libé.

Harponner Jean-François Delfraissy sur la contradiction entre deux phrases extraites d'un long exposé construit, est une manifestation aiguë de paranoïa médiatique (mais un bon journaliste est forcément un peu paranoïaque). Et le soumet au supplice de l'injonction contradictoire. Se tait-il ? Mais parlez, enfin ! Parle-t-il ? Mais de quoi se mêle-t-il ? Restez à votre place !

On comprend que chacun soit à fleur de peau, avec ce troisième confinement qui danse le tango devant nous, une semaine en avant, deux semaines en arrière. Mais il est absurde d'exiger de Delfraissy un discours aussi méticuleux, aussi calibré, avec des propositions aussi précises, que celui d'un politique. En un mot : de lui appliquer l'exigence légitimement réservée à un énoncé performatif, celui qui crée l'événement par le seul fait de son énonciation ("le troisième confinement commencera samedi" "Je vous déclare unis par les liens du mariage", etc).  

Peut-être cette question (cette semaine ou la prochaine) est-elle tout simplement secondaire dans son esprit. Mais examinons aussi l'hypothèse la plus défavorable pour son indépendance : le correctif de Delfraissy lui a été dicté par un coup de fil courroucé du château, Macron ayant décidé (contre Castex, à en croire les habituellement bien informés) que le Troisième pouvait finalement attendre une semaine, les résultats du couvre-feu et les prévisions sur la pénétration du variant anglais (après que le JDD, dimanche, sous la plume de l'ineffable Gattegno, nous l'ait annoncé, promis juré, pour ce week-end). Cela ne retire rien à la valeur ni à la clarté de son analyse. Autrement dit, nous savons maintenant qu'il faut en prendre et en laisser. Prendre l'analyse, et laisser les recommandations, éventuellement téléphonées, qui en découlent. Dont acte.

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