Drahi pour les Nuls
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chronique

Drahi pour les Nuls

Année après année, on lit des dizaines et des dizaines d'articles sur Patrick Drahi.

On parcourt même des livres. On tente de comprendre pourquoi ça marche. Comment, en quelques années, il a pu constituer un empire multimedia par l'endettement, pourquoi les banques et les investisseurs l'ont suivi.

On suit l'affaire en temps réel. On voit par exemple Drahi offrir gratuitement ses journaux (Libé, L'Express, etc) aux abonnés de ses portables. On sait bien que c'est avant tout une entourloupe fiscale, pour payer moins de TVA, mais on se dit que c'est peut-être malin tout de même. D'autant que les journalistes semblent avaler la chose. Pas un ou presque, pour crier à la mort des journaux (et pas seulement parmi les journalistes du groupe Drahi). On se dit qu'on n'a pas dû bien comprendre.

Pareil pour les droits du foot. On lit les journaux qui saluent le "pari fou" de Patrick Drahi, quand il rachète pour un montant pharamineux les droits de la Champion's League, "au nez et à la barbe" de Canal+. Ah ah, bien joué, l'artiste ! On compte le nombre d'articles qui l'appellent le "tycoon". Ce n'est pas vieux, c'était en mai dernier. Les articles reconnaissent qu'il a payé cher ses droits du foot, qu'il ne sait pas encore très bien à qui il va les revendre, mais qu'après tout ça peut marcher. Et après tout, peut-être les abonnés vont-ils être contents. Tant de gens aiment le foot. On se dit que si tant de journalistes économiques (pas tous) sont bluffés, c'est qu'ils détiennent des tuyaux qu'on ne détient pas. Ils savent des choses qu'on ne sait pas.

Et puis, l'action Altice dévisse de 53% en un mois. Et puis, Drahi envoie à tous ses salariés une lettre personnelle signée "Patrick". Et puis, en pleine catastrophe, en pleine tourmente, on lit cet article du Monde. Et dans cet article, cette phrase, pour expliquer la fuite des abonnés de SFR : "ce que l’on demande avant tout à un opérateur, c’est de fournir un réseau mobile et Internet qui fonctionne à peu près. Or, le milliard d’euros dépensé pour le foot, entre autres, sera autant de moins consacré à l’amélioration de la qualité du service". On se dit que finalement, on pourrait être journaliste économique. Peut-être que cette phrase, somme toute, on aurait été capable de l'écrire.

Cours de l'action Altice sur 6 mois (Le Figaro)


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