Désespérer Jenlain ?
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chronique

Désespérer Jenlain ?

Quel beau pays, la France.

Et si débordant d'humbles passionnés, dans les profondeurs des terroirs. Les créateurs de start-ups ? Des philanthropes en baskets, qui se sont payés au SMIC pendant des années, et espèrent bien, à la revente, récupérer le juste prix de tant de sang, de sueur et de larmes. Les collectionneurs d'art, dressés contre le projet d'inclure les oeuvres de plus de 50 000 euros dans l'ISF ? Pensait-on qu'ils spéculaient vulgairement ? Non. Ce sont «des passionnés qui portent des regards avertis sur l’art de notre temps et s’engagent auprès de jeunes artistes» assurent quelques maires de grandes villes qui, avec les directeurs de musées (vraisemblablement encouragés en sous-main par leur ministre Filippetti), viennent de partir en guerre contre ce projet de la commission des finances de l'Assemblée. Sans compter que ces collectionneurs sont aussi souvent «des descendants d’artistes, des érudits ou des collectionneurs amateurs, qui possèdent des œuvres de grande valeur, souvent sans rapport avec le reste de leur patrimoine», selon Libé qui, aujourd'hui, se range tout entier sous les bannières coalisées du ministère, des collectionneurs et des galeristes.

Et jusqu'aux brasseurs de bière. Pensait-on que le marché était, comme tout le secteur de l'agro-alimentaire, aux mains de quelques multinationales de la mousse ? Pas du tout. Affaire de passionnés, là aussi, et enracinés dans le terroir. Ecoutons donc, dans cette dépêche AFP reprise par Le Monde, un "petit brasseur" comme "Raymond Duick, président de la brasserie Duyck, qui fabrique la Jenlain dans le village du même nom". Qui aurait le coeur de désespérer Jenlain ? Et ces deux autres brasseurs, "amis d'enfance reconvertis", qui ont fondé leur petite brasserie "au coeur des Flandres françaises" ! Quelle peine cruelle, vraiment, va leur faire le doublement des taxes !

Article 1er du lobbying multiforme qui affûte ses armes, avec le début de la discussion budgétaire à l'Assemblée: mettre en avant les risques de fuite à l'étranger (des créateurs de start-ups, des collectionneurs d'art, des brasseurs. Ah non, tiens, moins facile avec les brasseurs). Article 2: en cas d'échec de l'article 1, se reporter sur un éloge des "petits" et de la "passion", en mettant en avant les témoins correspondants au profil. Et pendant que la galerie sera ainsi amusée, se déploieront en coulisse les vrais bras de fer, les vrais chantages, les vraies pressions (sans faux col). Cela donnera, des rapports de force en  France aujourd'hui, une photo précise. Les pigeons n'étaient qu'un hors d'oeuvre.

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