Delphine et Léa font de la résistance
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Delphine et Léa font de la résistance

Une demi-seconde. Une minuscule demi-seconde de silence. Au micro de Léa Salamé, Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions, répond aux attaques de Zemmour contre le service public de l'audiovisuel. "Si je suis élu, les journalistes du service public  souffriront, a annoncé le candidat d'extrême droite dans ses vœux à la presse. Je les privatiserai. Le service public ne crachera plus sur le contribuable tous les jours au petit déjeuner, il ne giflera plus le réel tous les soirs à 20 heures" (en réalité, il ne l'a pas dit exactement ainsi, mais c'est l'esprit)Appelée à répondre, Ernotte  juge "très grave d'appeler à la haine contre les journalistes. On sait tous qu'après les mots, il y a les actes". Et elle poursuit. "Et je ne vous citerai pas, Léa..." Demi-seconde de silence, donc. "... Salamé, en disant «Ni censure, ni oukase»". Ernotte reprend ainsi la formule de Salamé, dans une récente interview à Stratégies, sur le pluralisme de la matinale de France Inter.

Une demi-seconde, qui sépare "Léa", de "Léa Salamé". Léa, c'est la collègue, la salariée, la copine, l'obligée. Léa Salamé, c'est la fière journaliste indépendante. Au début de l'entretien, "pour être totalement transparente", Léa a rappelé que Delphine était sa patronne dans l'émission de Ruquier, sur France 2. Mais cela ne "[l']empêchera pas de poser toutes les questions", a aussitôt précisé l'incorruptible Salamé. Tempête sous un crâne de présidente. Appeler Salamé "Léa", c'est prêter le flanc aux accusations zemmouriennes d'endogamie et de connivence (même si Ernotte rappelle discrètement que Zemmour lui aussi fut naguère Éric, dans l'émission de Laurent). On est à l'antenne, pas dans l'ascenseur. Il faut faire semblant. "Léa Salamé", donc. Réception in extremis de la patineuse après le salto. Mais cette demi-seconde s'est entendue.

Ne pouvait-on trouver à France Inter, pour interroger Delphine Ernotte, un autre journaliste qu'une salariée de France 2 ? Ce n'est rien, cette demi-seconde. Rien du tout, par rapport aux nuages qui s'amoncèlent, en France et en Europe (c'est le premier sujet de l'entretien), sur la presse et la démocratie. Et ce n'est pas de gaité de cœur que je consacre cette chronique à cette demi-seconde. Oui, face au pilonnage des mercenaires de Bolloré, il faut défendre le service public de l'audiovisuel, ilôt de résistance à la zemmourisation, malgré toutes ses faiblesses et ses insuffisances, malgré les invitations promotionnelles des bénéficiaires d'un pass permanent (liste sur demande). Le défendre contre Zemmour, ce qui est relativement simple. Mais le défendre aussi parfois contre Salamé, ce qui est plus compliqué.


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