Déconnomisons Radio France !
Le matinaute
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Déconnomisons Radio France !

On en apprend de belles. Ainsi, la présidente de Radio France, Sibyle Veil, souhaitait conclure un partenariat avec le "cercle des économistes", association regroupant des économistes orthodoxes, partisans du libéralisme. Premier objectif de ce partenariat : accueillir à la Maison de la Radio, les 3, 4 et 5 juillet, les Rencontres que le "cercle des économistes", pour des raisons sanitaires, ne peut pas tenir cette année, comme d'habitude, à Aix-en-Provence.

Plus largement, le but de cette association serait de "promouvoir" les rencontres d’Aix et de "développer la culture économique auprès d’un vaste public" en donnant aux rencontres  "un large écho avec le support du rayonnement de Radio France et la puissance de ses chaînes auprès de leurs 15 millions d’auditeurs". Interrogée par Mediapartqui révèle ce projet d'accord, et après protestations des syndicats de Radio France, la direction de Radio France a rétropédalé. Les antennes du groupe ne rendront finalement compte des débats à leurs 15 millions d'auditeurs que "si des prises de parole le justifient". Et la fameuse association n'est envisagée qu'à partir de l'année prochaine. En attendant, les déconnomistes (organisateurs chaque année de contre-rencontres à Aix) se proposent ironiquement de venir en aide à Radio France.

Ce qui a pu faire espérer à ses promoteurs que le projet pourrait passer inaperçu, c'est donc cette inusable fiction de la "culture économique". Il existerait une "culture économique", ni de gauche ni de droite, ni patronale ni ouvrière, arbitrant avec sagesse entre actionnaires et salariés, une culture neutre, indiscutable, en surplomb, comme si la vie économique et sociale n'était pas un champ de rapport de forces, traversé par des intérêts antagonistes. Que la croissance, l'euro, ou la mondialisation (pour ne prendre que ces trois exemples) soient sources inépuisables de bienfaits, est un des axiomes fondamentaux de cette "culture économique". Seuls, donc, des incultes, pourraient oser la contester. C'est au nom de cette même culture que l'Université tente de se préserver de l'intrusion des économistes hétérodoxes, comme nous l'analysions déjà ici.

Soit dit en passant, c'est cette même fiction de la "culture économique" qui autorise depuis des années ce pur scandale : que la chronique économique du matin de France Inter soit exclusivement confiée à un dirigeant du quotidien patronal Les Echos (groupe LVMH), Dominique Seux. Cette chronique de deux minutes est même affermée à la presse LVMH : quand Seux part en vacances (car il part, le bougre) c'est un de ses confrères, ou une de ses consoeurs du même journal, qui assure son interim. En vertu, là aussi, d'un accord secret ?

Un si étrange affermage d'une parcelle de service public n'est possible que dissimulé derrière cette fiction de la "culture économique". Imaginons que la chronique politique matinale de France Inter, chargée de diffuser la "culture politique", soit pareillement affermée au Figaro : ce serait, pour le coup, ouvertement insoutenable. Mais l'économie (au refrain) c'est neutre, c'est indiscutable !

Et Seux, il est vrai, fait des efforts touchants pour se "franceinteriser". Dans les deux chroniques récentes (ici et ici) qu'il vient de consacrer à la question de la 5G, qui resurgit à l'occasion du résultat des Municipales, il s'efforce de donner objectivement les arguments des partisans et des adversaires du déploiement de la nouvelle technologie. Mais le bout du nez resurgit par exemple dans cette chronique "décarbonation oui, décroissance, non". C'est sans fausse pudeur, que le chroniqueur milite contre les théories de la décroissance. Car les bienfaits de la croissance, à ses yeux, ne sont pas une thèse parmi d'autres. C'est une loi fondamentale de l'économie. Et l'économie (au refrain)...

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