Darmanin, et le policier en feu
chronique

Darmanin, et le policier en feu

Qu'importe la réalité, du moment que le récit sert la cause. À la base du dernier épisode en date de la production de fake news officielles, la diffusion sur Twitter par l'AFP d'une photo d'un policier semblant la proie des flammes, lors d'une manifestation contre la loi Sécurité globale, samedi 5 décembre, à Paris. 

Cette photo suscite immédiatement, de la part de syndicats policiers et de politiques, les réactions indignées que l'on imagine. Mais très vite, d'autres angles de vue de vidéos de reporters indépendants (à voir ici) montrent que ce policier n'a jamais été menacé. Un engin incendiaire lancé par des manifestants s'est enflammé pendant moins d'une seconde, à moins d'un mètre de distance de lui. 

De mauvaise grâce, l'AFP publie donc une sorte de rectificatif camouflé en "explication", estimant hors de toute vraisemblance n'avoir commis aucune erreur. "Quand on fait une erreur factuelle, on fait une correction, mais là il n'y en avait pas", estime le patron des fact-checkeurs de l'agence, Grégoire Lemarchand. En effet l'AFP n'a pas écrit que ce policier était la proie des flammes. Elle s'est contentée de laisser parler l'image. Comment dit-on "on a diffusé une photo manipulatoire" en langage AFP ? Comme ceci : "La photo d'un policier entouré de flammes, prise lors d'une scène extrêmement furtive". Ce titre rectificatif rajoute d'ailleurs une erreur à l'erreur : le policier n'est nullement "entouré de flammes". Rien de plus douloureux que de se fact-checker soi-même ! Les affaires restant les affaires, Franceinfo notait d'ailleurs que "l'image était toujours en ligne, dimanche, sur le compte Twitter de l'AFP et le site AFP Forum, où elle a même reçu le label "topshots", qui met en avant les clichés les plus réussis".

Entretemps, les confrères fact-checkeurs de plusieurs grands médias ( voir ici Le Parisien) ont raconté l'épisode, et publié le témoignage de la photographe de l'AFP. Normal. L'histoire pourrait s'arrêter là. Mais elle ne s'arrête pas là. La photo de ce policier en feu était trop bienvenue, pour tous ceux qui souhaitent rééquilibrer les récits des violences en manifestation, en montrant que des policiers y sont aussi blessés, et parfois en nombre important. Ne nous cassez pas notre image ! somment lesdits comptes de syndicats policiers, quelques ténors de la fachosphère, bientôt rejoints, ô surprise, par le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin. 

La rectification d'une photo manipulatoire est donc aux yeux du gouvernement "une tentative funeste" de relativiser les attaques contre la police, qui révèle "une insupportable inversion des valeurs". Funestes confrères et consœurs de Franceinfo et du Parisien ! En d'autres termes, si cette fois ce policier n'a pas été atteint, il aurait pu l'être, et d'autres le seront un jour. Ne contestons donc pas cette photo, qui illustre ce qui pourrait arriver. Le ministre soutient donc une information fausse, la sachant fausse (jusque là, on est dans la propagande traditionnelle), et surtout, sachant que tout le monde la sait fausse (c'est ici qu'on arrive dans le monde enchanté de la fake news). Trump peut partir tranquille, sa succession internationale est assurée.

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