Contre les propagandes, le rire
Le matinaute
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Contre les propagandes, le rire

Les victimes du bombardement par l'aviation française du village malien de Bounti étaient donc des villageois. Ce sont les conclusions d'un rapport de la Minusma, confirmant toutes les enquêtes journalistiques et humanitaires de terrain. La propagande française continue à le nier, et à les considérer comme des combattants. Pourquoi cet entêtement ? Parce qu'admettre qu'il s'agissait de villageois, ce serait admettre que les combattants djihadistes du Nord-Mali ne sont pas une entité surgie de nulle part. Ce serait admettre, comme le disait sans détours notre confrère spécialiste de la défense Jean-Dominique Merchet, sur notre plateau, que la France combat au Mali une véritable insurrection, et que cette guerre est d'ores et déjà perdue. Mais ces mots sont tabou. On parlera sans doute demain de la guerre du Mali comme on admet aujourd'hui les mots "guerre d'Algérie" - à une autre échelle, bien entendu. En attendant, laissons-nous bercer par "l'opération Barkhane".

De même, il est tabou de reconnaître sans détours que le même pouvoir français a pris son parti, sans le dire, d'un nombre quotidien de morts du Covid qui eût paru inimaginable l'an dernier. Les flagorneries macronolâtres qui servent à masquer ce choix, et que reprenait sans distance Le Monde (je vous signalais hier cet article que le journal, ployant sous le ridicule, a re-titré dans la journée sans le signaler), ont déclenché, sous le hashtag #emmanuelmacronfacts, un feu d'artifice de gorafisme collaboratif. Le verrouillage le plus serré des médias n'interdira jamais le rire. Contre le rire, tous les Blanquer du monde sont sur le moment impuissants. Mais ils prennent souvent leur revanche.

À propos de rire, ça se bouscule ce matin. Valeurs Actuelles avait un scoop. Un beau scoop. Un professeur d'histoire-géo de Strasbourg, d'origine algérienne, Morad M., était empêché d'enseigner la Shoah. Et ses élèves refusaient le gel hydroalcoolique, à cause de l'alcool. Et il était menacé de mort. Une nouvelle affaire Samuel Paty était en germe. Spécialiste "police-justice" de l'hebdomadaire, notre estimé confrère Amaury Bucco se précipita pour sortir son enquête. Il fallait faire vite : selon le "prof", Marianne était aussi sur le coup. Bucco négligea par exemple de recouper ces informations auprès du proviseur. Lequel l'eût certainement informé que le professeur d'histoire-géo "Morad M." n'existait pas. Il s'agissait d'un internaute, Malik Milka, qui a monté un canular à l'hebdomadaire d'extrême droite, et raconte toute l'affaire ici. Valeurs Actuelles retira piteusement le scoop (ce lien emmène vers archive.org, mémoire du Web). L'affaire rappellera à nos plus anciens abonnés la fausse femme de polygame du Point. Ce bidonnage de 2010 n'empêche pas Le Point de sévir encore aujourd'hui. Le faux prof de Strasbourg ne tuera sans doute pas Valeurs Actuelles. Mais que cela ne nous empêche pas de rire, c'est toujours ça de pris.

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