Chantier pharaonique à Charles-de-Gaulle
chronique

Chantier pharaonique à Charles-de-Gaulle

Et pendant ce temps, les travaux pharaoniques continuent. J'apprends par une pleine page du Parisien que Aéroports de Paris a tenu, mercredi, une réunion publique pour tenter de convaincre les riverains des bienfaits du futur Terminal 4 de Roissy. Je ne vais pas vous noyer de chiffres. Il s'agit de faire passer l'aéroport Charles-de-Gaulle d'une capacité de 70 à 110 millions de voyageurs par an, et de 1300 à 1800 passages d'avions par jour. Tout ceci pour faire face (attention, refrain déjà entendu à Notre-Dame-des-Landes, et ailleurs) aux "prévisions de croissance du trafic aérien". Cette campagne d 'information, pour laquelle ADP a dépensé "l'équivalent d'une campagne européenne", ne s'est pas soldée par un grand succès : le taux de riverains favorables a baissé de 10% en un an.

Le Parisien consacre à l'événement une page pluraliste : trois quarts de page (en haut) à la présentation du projet ; un quart de page (en bas) aux opposants, qui ont perturbé la réunion d'information. Ainsi, chacun a la parole, et tout le monde est content. Ce que cette page, faute de place, ne dit pas, c'est par exemple que les chiffres avancés, comme toujours quand il s'agit d'aviation et de trafic aérien, sont pipés. Un seul exemple. Selon ADP (chiffre versé à la concertation publique) les rejets de CO2 de Charles-de-Gaulle se montent à  1,5 million de tonnes par an. Mais ce montant ne prend en compte que le début et la fin des vols. Selon la Direction Générale de l'Aviation Civile (DGAC), il faudrait comptabiliser 3 millions de tonnes. Et selon l'Agence de l'environnement et de la maitrise de l'énergie (ADEME), 30 millions (chiffres extraits d'une excellente enquête de Mediapart). Et je ne parle pas de la part du transport aérien à l'effet de serre global, que le secteur évalue à 2%, alors qu'il est, en réalité, du triple.

Donc, pendant que ADP amorce tranquillement, dans le Nord de Paris, une bombe climaticide, que fait l'Etat ? Rien. Que pourrait-il faire ? Tout. ADP est -encore- une entreprise publique (à 50,6%). L'Etat actionnaire pourrait parfaitement  exiger que les quelques 6 à 8 milliards que va coûter le projet du Terminal 4 de Roissy soient versés aux actionnaires (au premier rang desquels, donc, l'Etat, c'est à dire nous, les contribuables). Le caractère public des aéroports est une arme déterminante, dans une politique climatique (et c'est une des raisons fortes de souhaiter que les aéroports restent publics). Encore faut-il oser l'utiliser.

ZAC Roissy MEdiapart

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