Cette étrange culpabilité
Le matinaute
Le matinaute
chronique

Cette étrange culpabilité

D'abord, autour des tables du petit déjeuner
, il y a de la jouissance. Pourquoi la cacher ? Oui, de la jouissance, à regarder se crasher le capitalisme fou, à voir les parachutes tomber en torche, les uns après les autres, à regarder la Planète Finance s'enfoncer dans l'inconnu. Que provienne de la radio une voix se voulant rassurante, un "pas de panique", un "la raison l'emportera" (ce matin, le trop méconnu gouverneur de la Banque de France Noyer, au micro de RTL) et l'on rit désormais franchement, du comique de ces technocrates, qu n'ont rien appris depuis le nuage de Tchernobyl Qu'en proviennent des voix qui s'efforcent avec un ostensible courage de "regarder la réalité en face", et nous jouissons alors de cette angoisse refoulée. Parfois, ce sont d'ailleurs les mêmes, signe que la panique est aux portes.

Mais se mêle à cette jouissance une étrange culpabilité. Je ne parle pas évidemment de ceux qui, par profession, ont prêté la main activement à l'emballement du capitalisme financier. Il n'est pas certain que ceux-là culpabilisent. Je ne parle pas des politiques qui les ont glorifiés (à droite) ou s'y sont résignés (à gauche), et qui cherchent aujourd'hui l'absolution dans les surenchères de dénonciations. Je ne parle même pas des épargnants, petits ou gros, qui se sont laissés abuser par des rendements mirifiques, et ont souscrit les yeux fermés des placements "à risques", sans trop chercher à savoir ce qui se cachait derrière ces "risques".

Je parle de cette sourde culpabilité de ceux qui, ni de près ni de loin, ne peuvent être accusés d'avoir participé à la folie collective. Même eux, s'en veulent aujourd'hui, et se sentent complices. Mais de quoi donc ? De l'avoir tolérée, peut-être, cette folie, alors que les tonnaient sans relâche les voix de la dénonciation, et qu'il n'était besoin que de tendre l'oreille. Mais puisqu'elles criaient dans le désert, ces voix, ou plutôt dans le tumulte de l'insouciance, pourquoi donc les aurions-nous écoutées ?

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