Bruxelles, intérieur nuit
Le matinaute
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chronique

Bruxelles, intérieur nuit

Vous ne comprenez rien au sommet de Bruxelles, et à la crise européenne ? C'est pourtant simple.

Nous disposons d'un élément incontestable: samedi soir, après leur rencontre, Sarkozy est rentré à son hôtel de Bruxelles, "visage fermé". Et il est monté immédiatement se coucher dans sa suite, au 4e étage. Jusque là, rien à signaler. Mais quelques instants plus tard, c'est Merkel qui arrivait dans le même hôtel. Et voilà le détail signifiant: elle s'est attablée avec certains de ses conseillers, pour "boire des coups", en rigolant. Le secrétaire général de l'Elysée, venu papoter avec elle quelques instants aux environs de minuit, "n'a pas été invité à s'asseoir". "Ils rient de nous" a supposé un membre de la délégation française. L'ensemble de la scène est raconté par Jean Quatremer, correspondant de Libération à Bruxelles, et qui se trouvait aux avant-postes de cette bataille du bar de l'hôtel Amigo, et s'est empressé de donner à l'histoire le retentissement qu'elle mérite (twitter, blog, article).

Que révèle cette scène ? Rien. Rigoureusement rien. Sarkozy avait peut-être la migraine. Merkel assistait peut-être au pot de départ d'un de ses conseillers. Et pourtant, la scène des Allemands se pochetronnant dans leur coin au bar de l'hôtel Amigo, le mal nommé, se balade au micro des radios du lundi matin, se chargeant de lourdes significations. Mélenchon, sur RTL, en conclut que l'Allemagne a tout gagné. Sur Europe 1, Elkabbach la soumet à l'interprétation de Baroin, qui s'énerve et ne répond rien. Avis aux participants aux futurs sommets: si vous voulez que tout le monde croie que vous avez raflé la mise, pas la peine de tenir une conférence de presse, qui ne convaincra personne. Joignez l'utile à l'agréable. Attablez-vous, tard dans la nuit, au bar de l'hôtel où soupent quelques journalistes influents.

Mais la scène est bien pratique pour dissimuler cette réalité dérangeante: la crise européenne est une mêlée opaque et confuse, avec leurres, feintes, et changements de pied, dont pas un sur cent des journalistes qui la commentent, ne comprend les stratégies en temps réel. Quelle est la stratégie de Sarkozy ? Pour quelle raison souhaite-t-il transformer le FESF en banque ? Pour voler au secours des banques françaises, comme l'affirme un financier blogueur du Monde ? Ou bien est-il exaspéré par l'attitude de ces mêmes banques, comme l'assure l'accrédité à l'Elysée du Monde, Arnaud Leparmentier ? Pourquoi Merkel a-t-elle exigé une nouvelle réunion mercredi prochain ? Pourquoi Sarkozy a-t-il accepté cette réunion inédite en pleine semaine, sous la pression directe des marchés ? Quel est l'impact exact de la décote grecque qui se profile, sur les banques françaises, qui plastronnent "même pas mal" ? Pourquoi le cataplasme Van Rompuy est-il sur le point d'être nommé "Monsieur Euro" ? Pour serrer les boulons des laxistes du Sud à la demande de l'Allemagne, ou pour leurrer la majorité parlementaire de Merkel en mimant le serrage de boulons ? A vos analyses. Vous en savez à peu près autant que ceux qui causent dans le poste.

bar de l'hôtel Amigo (plan rapproché)

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