Brexit : ce résultat n'est pas un résultat
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Brexit : ce résultat n'est pas un résultat

Le Brexit peut-il ne pas se produire ?

titre Le Monde. Va-t-il faire pschit ? Au quatrième jour comme au premier, l'autosuggestion fonctionne encore à plein régime. Tous les indices sont méticuleusement collectés. Boris Johnson a joué au cricket pendant le week-end ? C'est bien la preuve qu'il se prépare à fuir honteusement (en Corée du Nord ? En Islande ?) L'Ecosse, la providentielle Ecosse, va bloquer le cauchemar. On n'a jamais tant aimé les cornemuses ! Et Westminster ? Ah, si seulement les parlementaires avaient le courage de se dresser comme un seul homme !

Un député travailliste isolé partisan d'un re-vote au Parlement, un avocat auteur d'une tribune sur le site du Guardian, expliquant que l'opération serait parfaitement légale, sont tout aussi repris que les micro-trottoirs de "brexit-regretters" (tribu autogénérée dès le 26 juin, et qui a aussitôt trouvé son appellation). Même les excellents Décodeurs du Monde, sont mis à contribution pour expliquer que la pétition anti-Brexit (la fameuse dans laquelle nous avons introduit facétieusement 500 signatures de pétitionnaires domiciliés aux iles Tonga) n'est pas aussi bidon qu'on le dit. La preuve ? La plupart des signatures proviennent bien du Royaume-Uni. Si on vous le dit ! Ce référendum n'était pas un référendum. Ces bulletins de vote ne sont pas des bulletions de vote. Ce résultat n'est pas un résultat. D'ailleurs, qu'est-ce qu'un référendum, sinon un "pernicieux instrument de l'autoritarisme" ? entonne Thomas Legrand sur France Inter.

Le plus fascinant, dans la frénésie des dénégateurs du Brexit, c'est qu'ils passent sous silence les conséquences possibles d'une possible annulation, de facto ou de jure, du vote britannique. Si par aventure, au prix de mille ruses et arguties, l'Europe échappait au Brexit, ce serait pour le coup un avis de décès officiel : celui du suffrage universel. Vous m'objecterez que le suffrage universel est mort depuis longtemps, et qu'on se trouve depuis au moins dix ans en post démocratie. Peut-être. Mais le cadavre bouge encore. On lui maintient quelques couleurs. On le promène rituellement sur les places des villes. Lors du référendum français de 2005 sur le Traité Constitutionnel Européen, on avait trouvé quelques astuces pour expliquer que le traité de Lisbonne n'était pas le TCE. Lors du référendum de 2015 en Grèce, on était... en Grèce. Cette année, on est à Londres, où les banquiers de la City auront le "smoking gun" à la main. Il sera difficile faire semblant de ne pas voir.

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