Bergé, et l'ivresse de la parole
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Bergé, et l'ivresse de la parole

On a le droit de critiquer le Téléthon. Et nous ne nous en sommes pas privés, les années précédentes

, à Arrêt sur images, en montrant par exemple comment les organisateurs, pour inciter au don, choisissent chaque année les enfants les plus télégéniques possible, ceux qui susciteront la compassion, mais dont le spectacle, en même temps, n'incitera pas à zapper sur l'élection de Miss France, qui se déroule en général le même soir. Je me souviens notamment d'une jeune étudiante en fauteuil roulant, venue sur notre plateau dire sa rage contre un système de représentation, qui ne laissait aux handicapés d'autre choix que d'être "des mendiants, ou des héros".

N'empêche que l'on ne comprend pas quelle mouche a piqué Pierre Bergé, président du Sidaction, d'estimer que les images du Téléthon sont "populistes". « Les organisateurs du Téléthon ont trop d'argent. Ils achètent des immeubles. (...) Le Téléthon parasite la générosité des Français, d'une manière populiste, en montrant des enfants myopathes, en exhibant le malheur des enfants.» Se livrant à cette attaque, en qualité de président du Sidaction, il savait bien que l'offensive serait ressentie comme ce qu'elle est : l'éruption de jalousie du responsable d'un dispositif de charité-spectacle, à l'égard d'un autre dispositif davantage couronné de succès.

Pourquoi a-t-il tout de même franchi la ligne de ces déclarations improductives, alors qu'il n'y était pas spécialement poussé ? Risquons l'hypothèse que le "dispositif" médiatique puisse être pousse-au-crime. Vous êtes retraité, récemment veuf, milliardaire, vous vous ennuyez chez vous. Comme tout un chacun, vous avez des opinions sur le réchauffement de la planète, les droits de l'homme en Chine, et Sarkozy. Chance : comme vous êtes milliardaire, les micros se bousculent pour les recueillir. Vous commencez en sommant la Chine de respecter les droits de l'homme. Nul n'ose vous contredire : tous ceux qui pourraient le faire sont des obligés en puissance. De fil en aiguille, à force de soutenir tout le monde, vous vous retrouvez en position d'arbitrer entre des dirigeants socialistes : chacun observe à la loupe les oscillations de votre fourchette. Pourquoi ne pas continuer ? L'ivresse de la parole présente un fort risque d'accoutumance, et le vaccin n'a pas encore été découvert.

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