Aphatie-Mélenchon, un "salaud" d'adieu
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Aphatie-Mélenchon, un "salaud" d'adieu

Fin de partie. C'est peut-être la dernière fois qu'ils se retrouvent face à face,

sur ce plateau du Grand Journal. Mélenchon et son hareng de Bismarck, contre Jean-Michel -où sont les peuves ?- Aphatie. Jeu, set et match nul. Pas de gagnant. Aphatie est viré de son interview matinale de RTL, pour audiences insuffisantes. A Canal+, il est plus près de la porte que de l'augmentation. Mélenchon n'est pas en meilleure forme. Il ne sera jamais Tsipras. Des images d'archives le montrent à Madrid, voici quelques mois, reçu par Pablo Iglesias, de Podemos, sur sa chaîne, la Tuerca. On lui montre aussi la probable prochaine maire "indignée" de Barcelone, Ada Colau "Est-ce que c'est ça le secret ? des gens de terrain, et pas des politiques professionnels ?" lui demande cruellement le chroniqueur Karim Rissouli. Mais De Caunes, good cop, le félicite pour son espagnol. Applaudissements. Mélenchon sourit et se rengorge.

Arrive le plat de résistance, cette Allemagne vieillissante, dure aux pauvres, que cartonne donc Mélenchon dans son dernier pamphlet. Aphatie dégaine la récente tribune de Duflot : " L'Allemagne n'est pas notre ennemie". Mélenchon : "Je lui réponds demain dans L'Humanité". A Aphatie : "Tous les jours, vous pétaradez d'enthousiasme pour l'Allemagne." Aphatie s'émerveille du "prix extraordinaire de la réconciliation franco-allemande. Extraordinaire" "C'est vrai" "C'est bien que vous le disiez vous" "Hé, Aphatie, j'ai créé mon parti en tenant la main d'Oskar Lafontaine". Fatigue. Fatigue perceptible des deux jouteurs. Fatigue de cette sempiternelle stratégie de Mélenchon : l'insulte comme seul moyen de forcer les consciences. Ouvrir à fond les vannes de la germanophobie, pour en finir avec la germanolâtrie. Fatigue de voir que ça peut marcher encore, puisqu'on est là, puisqu'on écoute.

On déroule les sujets. On évoque le nouveau recul gouvernemental sur le compte pénibilité. Mélenchon : "attention, Aphatie va s'évanouir." Aphatie : "Non non". Ce dernier match, les deux adversaires le jouent pour le public. Ils savent ce qu'ils lui doivent. Demain, dans dix ans peut-être ils le joueront encore, dans les Vinci de province, Filopat et Patafil, en lever de rideau des tournées âge tendre et têtes de bois. Mélenchon : "Aphatie, détendez-vous". Aphatie : "il m'attrape à chaque fois. Je suis parfaitement détendu". Vingt minutes comme ça. Mélenchon : "c'est ça qui est grave avec vous. Vous faites semblant de vous fâcher, mais en fait vous vous en foutez". Et pour finir, Mélenchon : "Vous êtes passé de mode". Aphatie, dans un murmure : "Salaud". Mais un tout petit "salaud". Pas un "salaud" agressif. Le "salaud" du vaincu, qui ne se donne même plus la peine de chercher une réplique. Un "salaud" d'adieu.

Cet éternel recommencement de la comédie. Aphatie aura été à Mélenchon ce que Elkabbach, au siècle dernier, fut à Marchais. Un partenaire. Un punching ball. Un méchant de poche. Ce qui va leur survivre ? Le système, bien entendu. Le système à fabriquer des Marchais et des Elkabbach, des Aphatie et des Mélenchon, et à les coller face à face, sous les applaudissements.

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