L'ennemi invisible
La vie du site
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chronique

L'ennemi invisible

C'est l'histoire d'un jeune homme de 22 ans
, étudiant en communication. Il vient me rencontrer, parce qu'il voudrait faire un stage à la rédaction. Il regardait l'émission sur France 5, la critique des médias est vraiment ce qui l'intéresse dans la vie. Il est sympathique, souriant. Je lui demande, pour la forme: "et vous êtes abonné au site ?" "Ah non". Je crois avoir mal entendu. Mais non. Il n'est pas abonné. Il consulte chaque matin tout ce qui est gratuit, les vite dits, et les contenus d'utilité publique. Parfois, oui, il aimerait lire un papier se trouvant dans la zone payante. Il clique. Le site le renvoie alors sur la page d'abonnements. Il renonce donc. Il n'insiste pas. Je le vois bafouiller devant moi, tout déconfit de me voir moi-même déconfit. "Sur Internet, on n'est pas habitué à payer" explique-t-il. Ce n'est même pas une question de tarif. Oui, il pourrait payer trente euros par an, et même davantage. Mais voilà. Pas habitué. Demain peut-être il s'abonnera. Ou après-demain. Quand on se sera "habitués".

Voilà notre ennemi le plus redoutable, notre ennemi invisible: ce "pas habitués". Cet ennemi n'a pas de nom. Il ne connait pas les mots pour se dire. Il n'a aucune justification rationnelle. Aucun autre mot que "pas habitués". Si même un étudiant, qui souhaite venir en stage chez nous, n'arrive pas à vaincre cet ennemi-là, comment les autres, tous les autres, y parviendront-ils ?

Le gros de notre première campagne de réabonnement annuelle est aujourd'hui terminé. 13 000 d'entre vous se sont réabonnés. Il y a deux manières de voir ce résultat. On peut s'en réjouir (et voir le verre à moitié plein, comme disent lémédias). 13 000, auxquels s'ajoutent tous les abonnés du courant de l'année 2008, cela nous fait démarrer l'année avec 26 000 abonnés payants (je ne compte pas nos amis fauchés). Mais des abonnés solides, ceux-là. Pas des abonnés feu-de-paille. Des abonnés qui sont venus chez nous hors de tout contexte émotionnel. Qui ont besoin de l'information que nous leur apportons. Sur lesquels bâtir un projet économique perenne. Le seuil de rentabilité se situant à environ 30 000 (un peu plus ? un peu moins ? On saura en cours d'année, quand les comptes de l'exercice 2008 seront finalisés) ce résultat confirme ce que je vous disais la semaine dernière: de tous les nouveaux médias Internet, et si notre rythme mensuel de nouveaux abonnements se confirme (environ 1000 nouveaux abonnés par mois en 2008) nous sommes celui qui s'approche le plus de la viabilité économique.

Je pourrais m'en tenir là, et vous faire le coup du triomphalisme. Mais l'éternel insatisfait que je suis ne va pas changer, à son âge: j'avoue que je ne peux pas m'empêcher de penser aux autres, aux 13 000 abonnés du début qui ne se sont pas réabonnés. Un sur deux. Ils m'obsèdent, ceux-là. Je me dis: "qu'aurait-il fallu faire, pour les garder ?" Si encore nous avions reçu un flot significatif de mails nous adressant tel ou tel grief précis (trop à gauche, trop consensuels, trop anti-Sarko, trop sensationnalistes, trop de Dati, trop ternes, pas intéressants) je comprendrais. Mais non. Ils ont voté avec leurs pieds. Ils sont partis en silence. Le "pas habitués", cet ennemi invisible, a repris le dessus, pour certains d'entre eux. C'est le pire tour qu'ils pouvaient nous jouer.

Ceux-là, je ne sais pas encore ce que nous allons en faire. Je pense en choisir une poignée au hasard, et jouer de la mandoline sous leur balcon, les harceler sadiquement de mails personnalisés jusqu'à résipiscence, pour comprendre les raisons de leur départ. On va le cerner, l'ennemi invisible. On va le traquer. On va le passer au bain de révélateur. On ne va pas arrêter, d'essayer de comprendre. Pour le reste, on continue, avec vous, oui vous qui me lisez, vous du verre à moitié plein. Les 13 000 d'entre vous qui se sont réabonnés, ceux qui ont résisté à l'ennemi invisible. Comme depuis le début, votre confiance, votre énergie, nous portent. 26 000, c'est énorme ! Haut les coeurs. Avec vous, on ira au bout du monde. Et d'abord, en 2009 nous projetons de... Allez, promis, je vous en parle bientôt.

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