L'aveu de Régis Debray
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L'aveu de Régis Debray

"Je n'ai pas le langage que j'aimerais avoir", avoue soudain Régis Debray sur le plateau.
Judith vient de lui reprocher une écriture trop élitiste. Par exemple, lorsqu'il parle de "l'époque de Jean-Jacques" pour évoquer le XVIII e siècle. Et tant pis pour tous ceux qui ne connaissent pas "Jean-Jacques" (Rousseau), ainsi abandonnés sur le bord du chemin par un écrivain qui espère pourtant tellement parler au peuple. Debray accuse le coup. "Je n'ai plus qu'à fondre en larmes", dit-il d'abord. Une seconde, on peut le croire ironique, je redoute le coup de patte qui va envoyer valdinguer notre animatrice toute neuve. Puis cet aveu, déchirant de sincérité : "je n'ai pas le langage que j'aimerais avoir". Quel écrivain a déjà produit semblable aveu d'impuissance, devant cette maitresse tyrannique qu'est l'écriture ?

En régie, à cet instant, je suis scié. C'est un instant de vérité, comme tout intervieweur en rêve. Tout d'un coup, tête la première, on est précipités dans le texte. Promesse tenue. Pour ceux qui prennent l'histoire en route, la courte histoire de cette nouvelle émission est contenue ici.

Comme d'habitude, dans le forum, vous êtes nos premiers critiques (et plutôt satisfaits aujourd'hui). Anthropia : " l'équipe de chroniqueurs vient de réaliser un exploit, permettre à Régis Debray de contempler les propres murs de son travail, ses bornes, ses limites, il s'est tu à plusieurs reprises saisi de la justesse des propos tenus. D'une certaine façon, il a été inscrit dans "son époque", un brillant intellectuel du XXème siècle, qui tente de rappeler le passé, le soldat qui sent la poudre, l'action qui mène au combat puis à la mort, au nom d'idéaux certes, mais à la mort tout de même. Et ce bourgeois des trente glorieuses semblait aussi daté que Flaubert à son époque.

J'ai suivi au Collège de philosophie toute la perlaboration de son ouvrage sur la médiologie, ses cours, et la genèse de sa thèse, et jamais je n'avais pu le voir -sauf peut-être lors de sa thèse entre Derrida et Serre- comme ce soir, épinglé sous les sunlights comme un papillon, dévoilant son anatomie de drôle d'insecte. Tout y était : son brio et son art de la métonymie, sa relative misogynie, ses regrets révolutionnaires et ce qui le rend attachant ses percées d'autofiction dépouillée".

Dans le même forum, Pacontente fait même mentir son pseudo : "Cool ! Je me suis dit "finalement, après une tentative d'hybride, JB a choisi de faire une émission littéraire classique, pas dans la tradition émission-pas-comme-les-autres d'ASI". Et puis j'ai compris : Dans les autres émissions littéraires, les journalistes sont dans le tackle permanent, ils veulent "coincer" leur invité, le terrasser. Dans Dans le texte, les interlocuteurs sont dans la modeste posture des étudiants face au professeur. Le temps de parole de l'invité (qui n'est pas un accusé en interrogatoire mais un Trésor vivant qu'on écoute assoiffé de savoir) est beaucoup plus long afin qu'on sorte du jeu de ping pong et qu'on entre en profondeur dans des débats sur l'universel -ou parfois universels eux-mêmes. Non, Dans le texte n'est pas une émission littéraire de TV comme les autres".

C'est exactement ça, Pacontente. Pourquoi le cacher ? On était fiers, après le tournage, d'avoir fait cette émission. Fiers de vous la montrer. Fiers et émus en entendant certains d'entre vous raconter que cette émission était leur premier contact avec le monument Debray, et qu'elle leur donnait envie d'approfondir la visite. Fiers de faire naître cette étincelle-là. Fiers d'avoir balancé toutes les idées reçues, tous les "personne ne fait ça", tous les "ça ne marchera jamais", tous les poncifs qui encrassent la tête des gens de médias, et des gens de télé. Fiers d'avoir jeté aux orties la peur la plus redoutable, avant la peur du chef ou de la censure : la peur que l'intelligence ennuie. Cette fierté, par les temps qui courent, c'est un bien plutôt précieux, non ?

Regardez l'émission. Et souvenez-vous : si vous voulez la faire partager à des amis non abonnés, vous avez la possibilité de les parrainer pour un mois, afin de leur faire découvrir les mille merveilles du site.

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