Censures dures, censures douces
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Censures dures, censures douces

Pauvre Elisabeth ! C'est sa fête, sur le forum de notre émission de la semaine, face à Robert Ménard. Hargneuse, bilieuse, acrimonieuse, épandant ses aigreurs : vous ne lui épargnez rien. Et en deuxième ligne, c'est votre serviteur, qui essuie une salve (moindre) de reproches, pour avoir trop souvent interrompu notre invité.

Bon. C'est évidemment votre droit. Si je peux me permettre (et d'ailleurs, l'un d'entre vous le remarque dans le même forum), je crois entendre encore les mêmes (ou d'autres, allez savoir) qui, après nos premiers plateaux, réclamaient de la contradiction, de la contestation, des émissions moins unanimistes, du sport, quoi. Jamais contents ? Eh oui. L'abonné n'est jamais content. C'est ce qui fait son charme.

Personnellement, j'ai été heureux de pouvoir dire en face à Ménard ce que je pense de son action depuis des années. Louable, évidemment, cette action. Qui ne serait favorable à la plus grande liberté de la presse possible, dans tous les pays du monde ? Et je ne partage pas les réserves d'Elisabeth : ce n'est pas parce qu'une cause rallie l'unanimité, qu'elle ne vaut pas la peine d'être défendue. Si les plus beaux combats sont certes minoritaires, pourquoi n'y aurait-il pas aussi, parfois, de justes combats majoritaires?

Mon agacement est ailleurs. Je me désole de voir tant d'enthousiasme, de créativité, de mobilisation, ignorer totalement les insuffisances des médias français. Pas de journalistes en prison, chez nous, certes. Mais combien de sujets délicats aux oubliettes, combien de trous noirs entre les faisceaux des projecteurs, combien de pans entiers de réalité occultés parce que leur exploration n'est pas dans l'air du temps, ou tout simplement parce qu'elle serait trop complexe, et mobiliserait trop d'efforts. Ailleurs, dans trop de pays, sévit la censure dure. Mais ici, combien de censures douces (nous avons d'ailleurs baptisé ainsi une des rubriques du site) ! Mieux vaut certes subir les censures douces quotidiennes de Pépéjadas, qu'une censure dure comme celle que montre cette terrifiante séquence d'Envoyé Spécial, que nous venons de mettre en ligne. Mais bon, la censure bien de chez nous est aussi, il me semble, à dénoncer sans relâche.

Vous êtes là pour ça, vous arrêt sur images, m'a répondu Ménard sur le plateau (et encore sur le pas de la porte, au moment de partir). Certes. Mais pas avec le même impact ! Personnellement, je monterais volontiers nuitamment à Notre Dame pour y accrocher une banderole anti-Pépéjadas, mais je ne suis pas certain qu'ils la diffuseraient. Et on ne m'enlèvera donc pas de la tête le sentiment désagréable (rejoignant finalement celui qu'exprime David sur le plateau)  que les grandes chaines, en accordant antenne ouverte, en permanence, aux combats (légitimes) de Reporters Sans Frontières, se donnent bonne conscience à bon compte.

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