2013, l'année brouzouf
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2013, l'année brouzouf

Voici donc, comme chaque année, l'heure des comptes.

Inutile de le cacher, les comptes de notre année 2012 n'ont pas de quoi nous plonger dans l'euphorie. Nous sommes certes encore bénéficiaires, mais d'un cheveu (10 765 euros exactement), bien moins largement qu'en 2011. Je pourrais vous l'annoncer en de longues phrases entortillées, à la fin d'un long papier tournant autour du pot, j'aime mieux vous le dire franchement.

Pourquoi ce résultat en demi-teinte ? D'abord, toujours la vieille affaire de cette TVA à 19,6%, qui nous impose des contraintes de provisionnement, pour anticiper un éventuel redressement, dont la procédure suit son cours, et que nous contestons toujours. Je vous en parlais l'an dernier, je n'insiste pas. Un rapport commandé par la ministre de la Culture vient de préconiser l'alignement sans délai de la TVA de la presse en ligne à 2,1%, sur celle de la presse traditionnelle. Puisse-t-il être suivi d'effet. Et vite, comme le demande le SPIIL, notre syndicat professionnel.

Mais ce n'est pas la seule raison de ce résultat mitigé. Le nombre de nos abonnés a fléchi. De 27 000 en rythme de croisière, nous sommes passés à moins de 24 000. La courbe de nos abonnements, jusqu'alors en hausse, s'est inversée en mai 2012. Pourquoi en mai 2012 ? Hum. Réfléchissons ensemble, ce ne sera pas trop difficile. Pour ceux qui l'auraient déjà oublié, le moment a été marqué par un changement politique important. Et alors ? Alors, il faut bien faire le rapprochement. Même si nous sommes un site de critique de médias, qui n'a pas vocation à traiter uniquement de politique, il faut bien constater que nous avons deux (grandes) catégories d'abonnés. Ceux qui s'intéressent à la réflexion sur les médias en général, que cette réflexion concerne la médecine, le sport, ou les révolutions arabes, et ceux qui s'inquiétaient tout particulièrement de la mainmise sarkozyste sur le système médiatique. Il faut croire qu'une partie de ceux-là, en mai 2012, se sont soudain sentis moins de raisons de nous suivre.

Il y aurait encore d'autres causes possibles. Il est vrai que plusieurs de nos chroniques se sont pas mal raréfiées, cette année. La chronique de Didier Porte, ou l'émission D@ns le texte, ne sont pas aussi fréquentes qu'on le souhaiterait. Les émissions de Rafik et de Maja se sont interrompues dans la fleur de l'âge, pour des raisons personnelles diverses. Nos chroniqueurs ont en général d'autres activités, très accaparantes. Ils vont, ils viennent. Des chroniques apparaissent, d'autres s'interrompent. Avantage de cette intermittence : on préserve ainsi la sincérité du geste. Une chronique, une émission, procèdent toujours d'un désir, d'une nécessité authentiques. Mieux vaut pas de chronique, pas d'émission, que des contenus au forceps, parce qu'il faut remplir la case. Oui, mais inconvénient : les fans sont frustrés et, parfois, s'éloignent. Eternel dilemme.

Bref, cette chute des abonnements est aujourd'hui enrayée. Mais notre niveau actuel ne nous permet pas d'être à l'équilibre. Pour m'éviter d'avoir à vous annoncer l'an prochain que votre site est déficitaire, il nous faut donc impérativement trouver de nouveaux abonnés, c'est à dire de nouvelles idées.

Quelle est notre boussole dans cette exploration ? Nous demander où nous sommes nécessaires. Où nous pouvons remplir une mission que personne d'autre ne remplit. Nous sommes un petit site, aux petits moyens : six journalistes à plein temps, seulement (sans compter les chroniqueurs). C'est minuscule. C'est presque rien. Il nous faut donc concentrer l'effort sur un petit nombre de secteurs (facile de savoir lesquels, ce sont surtout ceux auxquels nous consacrons nos chers dossiers, qui nous permettent de suivre des sujets dans la longueur, dans la profondeur).

Mais pourquoi ne compter que sur nos propres forces ? Dans l'exploration de certains sujets, pourquoi ne pas nous rapprocher de ceux qui, comme nous, proposent une information de qualité, exigeante, et indépendante ?

Nous avons déjà amorcé ce rapprochement, sur un dossier que nous ne suivions pas de très près: les jeux vidéo. Comme vous le savez, nous vous avons déjà proposé plusieurs émissions en collaboration avec Canard PC. Pourquoi eux ? Parce que dans leur secteur, ils proposent une information de qualité, et indépendante. Dans leur travail, nous reconnaissons nos propres exigences.

Nous allons aller plus loin. En partant du postulat que nombre d'entre vous souhaitent à la fois une information de qualité sur le secteur des jeux vidéo, et une information critique sur les médias, nous mettons la dernière main à une offre d'abonnement conjoint, comme nous le faisons déjà avec Mediapart. Elle sera lancée dès notre prochaine émission commune, courant juin. Scoop : vous pourrez même vous abonner dans leur monnaie locale,

le brouzouf picto

Sur le même modèle, d'autres rapprochements suivront, je l'espère. Certains sont déjà en discussion. Inventons des formes nouvelles, des partenariats inattendus !

Ces rapprochements, nous le croyons, sont une piste prometteuse pour la presse indépendante en ligne. Les chiffres d'abonnement numérique des grands journaux sont en progression. Cela signifie qu'enfin, le grand public est en train d'intégrer l'idée qu'une information de qualité sur Internet se paie, comme on achète un journal papier. Encore faut-il que des sites thématiques, mais animés par la même philosophie de l'information, dans des domaines complémentaires, leur fassent des offres communes, bien plus pratiques que la multiplication d'abonnements individuels. Les sites indépendants, comme le nôtre, ceux qui ont fait le pari d'une information indépendante des groupes, et de la publicité, doivent saisir ce vent. Ils ne gagneront leur pari qu'ensemble.

Notre bilan 2012 est ici

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