Benzema : derrière les hurlements, deux chiffres
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Benzema : derrière les hurlements, deux chiffres

La chasse au Benzema est ouverte. De la classe politique rassemblée au peuple des Twittos

, en passant par SOS Racisme et Tariq Ramadan, ses déclarations sont unanimement jugées au moins fausses, sinon scandaleuses. Pour rappel, si vous êtes à la dérive sur une barque du Loiret depuis vingt-quatre heures, l'attaquant français vient d'estimer que s'il n'a pas été sélectionné pour l'euro 2016, c'est parce que le sélectionneur, Didier Deschamps, "a cédé sous la pression d'une partie raciste de la France".  Scandaleuse accusation, donc. Raciste, le sélectionneur, ou au moins complice des racistes ? Allons donc. Regardez n'importe quelle photo de l'équipe de France ! Si Benzema n'a pas été sélectionné, il faut en chercher les raisons dans sa mise en examen pour complicité de tentative de chantage et participation à une association de malfaiteurs, dans la fameuse affaire de la "sextape Valbuena" et rien d'autre. Pas de victimisation !

Rares sur les medias dominants traditionnels (mais bruyants, comme Jamel Debbouze), tonitruants sur les réseaux sociaux, les défenseurs de Benzema s'époumonent en retour : êtes-vous sourds ? N'avez-vous pas entendu les pressions de Valls et du ministre des Sports Kanner, contre la sélection de Benzema ? Et pourquoi ces dirigeants français attaquent-ils Benzema avec la même énergie qu'ils mettent à défendre Platini, sinon un bon vieux racisme conscient ou inconscient ? Tout ceci arbitré par la Sagesse Incarnée, dont Libé de ce matin recueille pieusement les oracles et les auto-exégèses, j'ai nommé Eric Cantona.

On balance. On flotte (c'est de saison). On se demande que penser. Et puis on tombe sur cette interview du chercheur Emmanuel Blanchard, que publie ce matin Le Monde. Et ces deux chiffres. Entre 1962 (indépendance de l'Algérie) et 1994 (première sélection de Zidane en équipe de France), un seul joueur ayant des parents venus d'Algérie a joué pour la France (et seulement 7 si l'on étend la période de 1962 à 2015). Ces deux chiffres n'épuisent certes pas la question. Apparemment, beaucoup de jeunes joueurs bi-nationaux choisissent l'équipe nationale algérienne, ce qui avait d'ailleurs poussé, en 2011, les dirigeants de la Fédération française à envisager de mettre en place des "quotas" de bi-nationaux à l'entrée aux filières de formation des jeunes -on se souvient du scandale. Au-delà de tous les cris, de tous les procès, de toutes les protestations, il faut pourtant regarder ces chiffres en face, et tenter de comprendre ce qu'ils disent. De la déchéance de nationalité aux pics d'islamophobie, comme le rappelait par exemple Pierre Joxe sur notre plateau, derrière bien des poussées de fièvre françaises, il faut chercher le passé colonial. C'est une clé tragique, qui ouvre hélas  bien des serrures.

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