Syrie / chimique : contradictions entre deux ex-otages
Brève

Syrie / chimique : contradictions entre deux ex-otages

Enlevés en Syrie il y a cinq mois, le reporter italien Domenico Quirico et l'enseignant belge Pierre Piccinin Da Prata, libérés ce dimanche, sont arrivés chez eux dans la nuit. Ils se contredisent à propos de l'utilisation de gaz toxiques par le régime de Bachar al-Assad.

"C’est un devoir moral de le dire. Ce n’est pas le gouvernement de Bachar Al-Assad qui a utilisé le gaz sarin ou autre gaz de combat dans la banlieue de Damas. Nous en sommes certains suite à une conversation que nous avons surprise", a lancé à son retour, Pierre Piccinin, aux médias belges, sans donner davantage d'explications.

Mais son compagnon de cellule, lui aussi otage en Syrie, le journaliste italien Domenico Quirico se fait plus prudent sur cette question.

Au journal La Stampa, dans l’après-midi, il a estimé que c'était "fou de dire que je sais que ce n’est pas Assad qui a utilisé le gaz". A 62 ans, ce vétéran de La Stampa qui a couvert de nombreux conflits en Afrique et au Proche-Orient s'était rendu en Syrie le 6 avril et avait disparu quatre jours plus tard.

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"Nous n'avons rien vu de ce qui se passait en Syrie pendant notre détention, a précisé à La Stampa Domenico Quirico, et donc [nous n'avons rien vu] de l'attaque chimique. Un jour cependant, nous avons pu écouter une conversation de la chambre où nous étions enfermés. Trois personnes dont nous ne connaissions pas les noms ont discuté en anglais sur Skype. L'un s'est présenté comme un général de l'ASL. Une deuxième personne, que nous n'avions jamais vue, était avec lui. Et de la troisième personne, qui était jointe par Skype, nous ne savions rien. Dans cette conversation, ils disaient que l'attaque de gaz sur deux quartiers de Damas avait été lancée par les rebelles comme une provocation, pour conduire l'Occident à intervenir militairement. Pour eux, le nombre de morts était exagéré. Je ne sais pas si c'était vrai : je n'ai aucun élément pour confirmer cette thèse et je n'ai aucune idée de la fiabilité de ces personnes. Je ne peux absolument pas dire si cette conversation était fondée sur des faits réels."

Piccinin est professeur d'histoire dans un lycée en Belgique. Au moment de son enlèvement, il effectuait son septième voyage en Syrie depuis le début des troubles en 2011. Il avait été, dans un premier temps, relativement sceptique quant à la rébellion syrienne et défendait des thèses proches de celles du régime de Bachar al-Assad. Il avait été enlevé et torturé aux côtés de rebelles pendant six jours lors de son troisième séjour en Syrie en mai 2012. Il avait alors pris la défense du soulèvement populaire contre le régime baasiste, précise l'AFP. Dans un portrait qu'il lui consacre dans Le Monde, le journaliste Christophe Ayad le décrivait comme "un aventurier sans fantaisie, un chercheur sans qualification. Bref, un touriste de la guerre".

Un autre Italien est toujours porté disparu en Syrie depuis le début de l'été : le père jésuite Paolo Dall'Oglio, qui a été vu pour la dernière fois dans la ville de Raqqa. Deux journalistes français, Didier François et Edouard Elias, sont également retenus en Syrie depuis le 6 juin.

L'occasion de parcourir notre dossier : "Syrie : une guerre à huis clos".

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