Stromae, extérieur, intérieur
Brève Vidéo

Stromae, extérieur, intérieur

Il y a deux manières d'entrer dans l'univers de Stromae,

ce jeune Belge de 28 ans que l'on appelle"le nouveau Brel". On peut y entrer par son clip "formidable". Une silhouette titube et tangue sur une place de Bruxelles, le rond point Louise. Le jeune homme enjambe les barrières, slalome au milieu des voitures. Des passants s'arrêtent, interloqués. Un groupe de policiers municipaux manifeste sa sollicitude ("ça va Stromae ? T'es un peu fatigué ou quoi ? Je suis un grand fan": il se met en scène comme le pochtron céleste emblématique du rond point Louise sous le crachin, une sorte de mascotte de la souffrance urbaine). Etrange séquence, filmée manière dérobée, mais à plusieurs caméras, on est bel et bien dans un clip, la séquence a forcément été tournée plusieurs fois, plus titubante, moins titubante. Un clip, en somme, qui contourne les codes du clip plutôt qu'il ne les détourne, mais au total pour les rejoindre, et s'y fondre.

Et puis, une autre version de la même chanson. Stromae chante en live devant les invités de Taddeï, à Ce soir ou jamais (c'était le 24 mai). Pas de barrières, pas de voitures, pas de figurants, embauchés ou non, pas de policiers municipaux. Même torsion de la même douleur que sur le rond point, mais seulement lui. Lui et sa souffrance en gros plan, de type largué qui s'est mis minable. Lui et ses tripes à nu. Pas de figurants ? Si, tout de même. Taddeï et ses invités. Ils sont encore assis. On devine qu'ils viennent de débattre de la Syrie, ou des allocs, ou de ce qu'on veut. Et l'OVNI atterrit soudain sur leur planète. Il s'asseoit parmi eux. Il est parmi nous, souffre parmi nous, comme une soucoupe, oui, ou un Ressuscité. Ne cherchant pas à faire image, il produit l'image la plus bouleversante. En une seconde, il vient de gagner son passeport pour une carrière fulgurante, terminus Marquises. En un instant, les tortures en noir et blanc du Brel des bonbons, de Jef qu'est pas tout seul, de Fernand qui est mort, sont comme réincarnées.

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