Retour à Paris : "Femen ne regrette jamais"
Brève

Retour à Paris : "Femen ne regrette jamais"

"Femen ne regrette jamais" : tout juste rentrées de Tunisie après près d'un mois d'incarcération, trois militantes des Femen ont tenu une conférence de presse, dans leur local du théâtre associatif le "Lavoir moderne" près de Barbès dans le 18e arrondissement de Paris, devant une vingtaine de journalistes français.

Pauline Hillier et Marguerite Stern, deux Françaises, et Josephine Markmann, Allemande, ont atterri à midi en France, après près d'un mois d'incarcération, consécutive à leur manifestation seins nus devant le palais de Justice de Tunis, le 29 mai. Elles ne s'étaient pas encore exprimées depuis leur arrivée et avaient annoncé la conférence de presse sur facebook en début d'après-midi.

Incontestablement, elles ont le moral. Depuis hier, tous les médias français reprenaient les excuses des Femen lors de leur procès en appel de mercredi 26 juin, au cours duquel. Markman avait alors declaré au juge Moez Ben Frej «Je regrette cet acte et je m’en excuse». «On ne pensait pas choquer les Tunisiens à ce point, il est hors de question pour nous de recommencer», avait pour sa part répondu Pauline Hillier.

Mais dans leur QG parisien, les propos sont radicalement différents. Sur les murs, sont affichés les slogans des Femen "Being feminist is not a crime", "Fuck your moral". Crépitement d'appareils photo, puis Markmann se lance : "Hier nous avons été amenées à exprimer devant le jury des regrets pour ce que nous avions fait et nous voulions vous expliquer pourquoi". Selon elles, l'ambassade française leur a vivement conseillé d'exprimer des regrets, leur expliquant que c'était leur "dernière chance" d'éviter de passer quatre mois en prison, peine à laquelle elles avaient été condamnées en première instance. Elles disent ne pas avoir pu en discuter avec leur avocat. Mais à présent, elles affirment "ne rien regretter" et "être prêtes à continuer le combat". "Nous avons exprimé des regrets, mais de toute évidence, Femen ne regrette jamais" affirme Markmann.

Marguerite Stern, Paulline Hillier et Josephine Markmann dans au théâtre associatif "Le lavoir Moderne".

"Nous n'avions pas vocation à être des martyrs. Une activiste en prison, ça ne sert à rien. Nous voulions sortir libres et fortes, comme des Femen et nous savions que si nous restions plus d'un mois en prison nous ne tiendrions pas". Elles expliquent aussi avoir eu peur pour leur santé. Markmann est tombée dans les pommes pendant son incarcération. Mais, reprend Pauline Hillier, "c'est le lot de toutes les femmes prisonnières à Manouba. Les évanouissements et les vomissements sont quotidiens". Coupées de l'extérieur elles disent ne pas avoir eu idée de la mobilisation en France pour demander leur libération.

Ton assuré, regard dur, Pauline Hillier raconte leur arrestation, leur "course poursuite dans le tribunal" puis la première prison dans laquelle elles sont "fouillées et frappées". Elles y restent trois jours, avant leur transfert dans la prison pour femmes de Manouba. Les humiliations, les fouilles au corps, les coups, la nourriture servie dans un seau, les cafards qui envahissent les cellules, la promiscuité, la douche unique du mois pendant laquelle on les oblige à porter une culotte pour "cacher leur sexe". Leurs co-détenues approuvaient-elles leur action ? "Elles étaient d'accord à 200% sur le fond, sur la forme c'était plus compliqué mais après de longues discussions, je dirais que la moitié d'entre elles étaient convaincues" répond Hillier.

Caroline Fourest, journaliste et soutien du mouvement, n'est pas assise aux côtés des Femen, mais se tient debout, côté presse. Lorsqu'une journaliste demande ce qu'ont ressenti les trois Femen en réalisant que la societé civile tunisienne ne les soutenait pas vraiment, Fourest intervient : "Oui mais vous avez aussi eu des soutiens, d'avocats laïcs, d'associations..."

A la fin de la conférence un journaliste demande si les Femen peuvent poser avec un drapeau sur lequel est inscrit "Free Amina" (la Femen tunisienne, que les trois Européennes sont venues soutenir). "Ah, super !" laisse échapper Nadia El-Fani, réalisatrice franco-tunisienne, responsable du comité de soutien à Amina en France. "C'est d'abord elle la vraie injustice" explique-t-elle. Plus tard, elle explique à @si qu'elle a tenté d'inviter les médias lors d'une marche des femmes mais qu'aucun n'a répondu.

 

Les questions terminées, c'est la course au direct, les journalistes se jettent sur Pauline et Marguerite (Joséphine s'exprime uniquement en anglais). La journaliste de BFMTV s'approche de Pauline Hillier : "On peut faire une interview en direct à 17h?" Sa consoeur de France Inter : "Et pour France Inter à 18h?" Après un coup d'oeil à la dirigeante du groupe Inna Chevtchenko, Hillier acquiesce. En attendant le direct de BFMTV, elles enchainent les interviews. Conditions de détention, regrets de la veille, détermination en boucle : "Femen ne regrette jamais" .

Reportage Yaël Caux

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