"Racisme" : un directeur de campagne FN démissionne (Libé)
Brève

"Racisme" : un directeur de campagne FN démissionne (Libé)

La presse les appelle les "repentis". Ce sont des membres récents du FN qui claquent la porte après avoir vécu de l'intérieur les dérives racistes du parti. Après la candidate marseillaise venue de la gauche et le transfuge UMP de la Somme, Libération livre un nouveau témoignage d'un de ces repentis.



Directeur de campagne de la candidate FN à Meaux, ville de Seine-et-Marne dont le maire est Jean-François Copé, Vincent Morelle a démissionné de ses fonctions et rendu sa carte du FN. Ce transfuge de l'UMP raconte son parcours à Libération : "Le FN essaye de passer un coup d’éponge sur une vitrine pleine de poussière. On met un drap neuf mais, derrière, l’arrière-boutique n’a pas changé". Son adhésion date d'avril 2013.

Très vite, il est propulsé directeur de campagne de la candidate tête de liste à Meaux, Béatrice Roullaud. Dès les premières réunions, Morelle dit avoir déchanté : "En réunion départementale, j’ai entendu des propos qui m’ont choqué. On ne parle pas de Copé mais de "Copelovici", "ce gros fils de pute", j’entends aussi "Merci aux Roms, ces voleurs de ferraille". On est une trentaine. Quand j’entends ça, je lève les yeux, je cherche du regard quelqu’un qui penserait comme moi, je n’en vois aucun. Peut-être un qui baisse les yeux. Un hiérarque du bureau prend alors la parole pour dire : "Vous pouvez penser ce que vous voulez, mais ne le dites pas quand il y a du monde." Je vois que personne ne partage ma détresse. J’ai honte d’appartenir à ce parti que je pensais javellisé alors que ce n’est pas le cas. C’est très loin du combat que je veux mener, je suis atterré".

Témoignage FN

Autre exemple ? "A l’inauguration de la permanence de La Ferté-sous-Jouarre, le 9 décembre, j’ai aussi entendu "Taubira, la sale guenon", ou "Riester, cette pédale, on ne sait même pas si c’est un homme ou une femme» [du nom d’un député UMP et homosexuel déclaré, ndlr]" ou encore "Copé et Riester, les deux pros de la déportation en Seine-et-Marne", parce qu’ils sont supposés juifs et parce qu’il y a une rumeur qui dit qu’ils font venir des Noirs et des Arabes et de la racaille dans les petits villages". J’avais déjà entendu "Ici, c’est pas Meaux, c’est Bamako !" dans la bouche d’un colistier".

Par ailleurs, Vincent Morelle assure que, contrairement à l'image donnée par la direction du FN, le parti serait mal implanté localement et très désorganisé. Il raconte par exemple comment la candidate FN à Meaux essayait de recruter, par tous les moyens, des candidats sur sa liste : "Le pire, c’était dans le porte-à-porte. J’ai vu comment elle faisait le recueil de signatures des gens, pour obtenir des colistiers. Elle a pris un candidat tellement ivre du matin au soir qu’il en oubliait son nom, un autre qui entend des voix ! Un soir, on a toqué chez une mémé de 88 ans, qui venait de perdre sa fille, et pendant une demi-heure, elle lui fait un câlin, lui a proposé de sortir son chien, de l’emmener au cimetière, tout en insistant pour qu’elle soit sur sa liste… "Vous me feriez un très beau cadeau", lui dit-elle.

Pour mieux comprendre l'intérêt de ce témoignage, relire notre enquête : "la dédiabolisation de Marine Le Pen, une création sondagière et médiatique ?"

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