Quand les Chinois rient jaune
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Quand les Chinois rient jaune

«La Une de Fluide Glacial ne fait pas du tout rire Pékin », titrait hier le quotidien Les Échos. (À lire en écoutant ceci.)

D'autres journaux relatent également la colère du gouvernement chinois, qui s'est exprimé via le très officiel Global Times dans un article intitulé Free speech mania may intensify clashes (La manie française de la liberté d'expression risque d'aggraver les conflits). Voici donc la couverture du Fluide Glacial de janvier, provocatrice de l'ire chinoise :


Les touristes chinois ont envahi Paris : dans une rue passe un pousse-pousse tiré par un Français à béret, dans lequel sont assis un Chinois rigolard et une française énamourée. Les restaurants, dont les façades sont éclairées par des lanternes de papier, affichent des menus franco-chinois (avec une grossière erreur du dessinateur qui évoque, sous l'enseigne Relais de Pékin, le très vietnamien bo-bun totalement inconnu dans l'empire du Milieu).

« Avec le titre "Péril jaune", le magazine tente certainement d'attirer l'attention mondiale en suivant l'exemple de Charlie Hebdo, écrit le Global Times. Quel acte indécent ! »

Yan Lindingre, rédacteur en chef de Fluide, s'en défend dans Sud-Ouest : «Nous sommes un mensuel, répète-t-il. Et un mensuel, comme on peut l'imaginer, se prépare longtemps à l'avance. Certains ont tendance à penser que l'on a réagi aux événements de Charlie et que l'on aurait bricolé un numéro provocateur, ou je ne sais pas trop quoi, pour aller encore plus loin dans la liberté d'expression. Ce n'est pas du tout ça ! Le numéro était déjà dans les dépôts au moment des attentats ! »

Mais le Global Times n'a que faire de ces évidentes contraintes de fabrication : « Il est plus difficile pour les Musulmans de changer leur foi que pour l'Europe de modifier sa manière de penser la liberté d'expression. Si le peuple français considère un tel ajustement comme une disgrâce, sa poursuite de la liberté d'expression s'apparente alors à une religion. »

Bah ! Pour Lindingre, ce numéro de Fluide, imaginé parce que le prochain festival de la BD d'Angoulême sera consacré à l'Asie, n'est que « de la grosse poilade » influencée par Les Chinois à Paris, film de Jean Yanne sorti en 1974 avec Jean Yanne, Michel Serrault, Nicole Calfan, Bernard Blier, Paul Préboist, Daniel Prévost, etc.

Affiche originale des Chinois à Paris, 1974

Illustration réalisée pour la parution du dvd en 2006


Cette bobine, qui raconte l'invasion de la France par les maoistes chinois dont le QG est installé au coeur des Galeries Lafayette, trace en vérité un portrait au vitriol des Français sous l'Occupation. Avec ses petits trafiquants, ses collabos, ses résistants de la dernière heure. Voici l'une des bandes-annonces (le film est visible en intégralité sur Youtube) :


Au mois de mars dernier, Philippe Guibert, directeur du Service d'information du gouvernement, avait publié sur Facebook un « Bienvenue au bon président Xi Jinping » (qui venait en visite dans notre riant pays) assorti de l'illustration du dvd des Chinois à Paris :


« La publication est restée quelques heures sur le réseau social avant que Philippe Guibert ne la supprime, écrivait à l'époque L'Express. Mais le mal était fait. Des copies d'écran ont été transmises à l'Elysée et même à Christophe Chantepy, directeur de cabinet du Premier ministre, Jean-Marc Ayrault. »

Guibert réagit alors sur son compte FB : «Il semble que le second degré, voire le simple sourire, qu'il m'arrive de pratiquer ici, sur ce mur, puissent, en ces périodes qui agitent le bocal de beaucoup, se retourner contre moi. C'est triste et même assez affligeant. Mais néanmoins, le jour où il me faudra partir du Sig, de mon fait ou par oukase (c'est la règle), je préfèrerais que ce soit pour de bonnes raisons. Je vais donc être moins présent sur Facebook. »

Allez, foin des pisse-froid et souvenons-nous du proverbe chinois : « Chaumière où l'on rit vaut mieux que palais où l'on pleure ».

L'occasion de lire ma chronique intitulée L'année du dragon (le 19 février prochain, nous entrerons dans l'année de la chèvre de bois).

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