Pneumologue payé par Total : le Sénat saisit le parquet
Brève

Pneumologue payé par Total : le Sénat saisit le parquet

Le bureau du Sénat va transmettre au Parquet le dossier de Michel Aubier, le médiatique pneumologue accusé d’avoir menti sous serment devant une commission d’enquête parlementaire.

"Il appartiendra au Procureur de la République d’apprécier l’opportunité d’engager des poursuites". C'est ce que déclare aujourd'hui le bureau du Sénat dans un communiqué, expliquant que la déclaration du médecin "pouvait apparaitre mensongère".Cette décision est une première dans l’histoire du Sénat, qui rappelle que "la prestation sous serment devant une commission d’enquête était un acte solennel qui engageait son auteur" .

Communiqué du Bureau du Sénat, 28/04/2016

"Je n’ai aucun lien avec les acteurs économiques"

C’est après avoir levé la main droite et dit "je le jure" qu'Aubier avait affirmé le 16 avril 2015 n’avoir aucun lien avec l’industrie pétrolière. Il était entendu en tant que représentant de l'Assistance Publique-Hopitaux de Paris par une commission d'enquête du Sénat sur le coût de la pollution de l'air. Mais en mars dernier, Libé et le Canard Enchainé révélaient que le pneumologue était en réalité rémunéré depuis plus de vingt ans par le groupe pétrolier Total, producteur notamment de carburant diesel, pour qui il officie comme "médecin-conseil". Un oubli qui pourrait donc lui valoir jusqu'à 5 ans d’emprisonnement et 75.000 euros d'amende pour faux témoignage devant une commission parlementaire.

"J’aurais dû le déclarer, c’est vrai, mais ça ne m’était même pas venu à l’esprit" avait concédé Aubier lors d'une audition à huis clos, organisée en urgence par le bureau du Sénat, après ces révélations. Le pneumologue avait alors reconnu avoir touché entre 50.000 et 60.000 euros par an de la part de Total depuis les années 1990. Indignée, la rapporteure de la commission, la sénatrice écologiste Leila Aïchi, avait qualifié cet épisode de "mensonge d’autant plus inadmissible qu’il touche une question de santé publique".

Ancien chef du service de pneumologie-allergologie à l’hôpital Bichat à Paris et professeur à l’université Paris-Diderot, Aubier s’est plusieurs fois employé à "dédramatiser" sur les plateaux de télévision la pollution par particules fines (comme nous vous le racontions ici), expliquant que la dangerosité du diesel "n’était pas encore démontrée" ou que le rôle cancérigène de la pollution atmosphérique était toujours "discuté".

(par Maxime Jaglin)

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