Photo : Getty images veut exploiter les données des internautes
Brève

Photo : Getty images veut exploiter les données des internautes

Si c’est gratuit, vous êtes le produit : la maxime se vérifie une fois de plus dans le cas de Getty images. Souvenez-vous : en mars dernier, la plus grosse banque d’images au monde rendait gratuite une partie de ses photos pour un usage non commercial, et si l’image apparaissait dans un lecteur embarqué – comme les vidéos Youtube ou Dailymotion. L’agence se réservait alors le droit d’y ajouter de la publicité ou d’exploiter les données liées à l’utilisation des images. Un droit qu’elle ne va pas se priver d'utiliser dans les prochains mois, comme le confirme Jonathan Klein, PDG et cofondateur de Getty Images, interrogé par Le Monde.

Philanthrope Getty Images ? On se posait la question quand l’agence, qui dispose du plus gros fonds d’images au monde, annonçait en mars dernier rendre gratuites au public et aux agences de presse une partie de ses photos. A l’époque déjà, Getty images avait assorti ce don de plusieurs conditions : les photos doivent être utilisées dans un format unique, pour un usage non commercial et via un lecteur embarqué – comme pour les vidéos Youtube ou Dailymotion.

Mais ce n’est pas tout : dans ses conditions d’utilisation, l’agence se disait "susceptible de collecter des données relatives à l'usage du Lecteur embarqué et du Contenu Getty Images embarqué, et se réserve le droit de placer des publicités dans le Lecteur embarqué ou de l'exploiter commercialement, de quelque manière que ce soit, sans vous rémunérer."

Getty

Un droit que l’agence ne va pas se priver d’exploiter dans les prochains mois, si on en croit Jonathan Klein, PDG et cofondateur de Getty Images. Dans une interview accordée au Monde, ce dernier précise ses objectifs en matière de publicité : "nous pourrions proposer de la publicité aux internautes qui cliquent dans le cadre d’une de nos photos, ce qui les amène sur le site de Getty où on pourrait proposer d’autres images sur le même thème et placer la réclame. La publicité pourrait être ciblée en fonction du type d’images, de leur nombre de vues, etc". Mais le calendrier reste flou : cette nouvelle source de revenus pourrait être effective "à partir du premier semestre 2015 ou après".

C’est moins flou cependant pour les revenus liés à la vente de données : Getty images annonce avoir déjà conclu un contrat de licence avec le réseau social Pinterest à qui elle vend les données sur l’usage des photos, c’est-à-dire "les détails liés aux photos elles-mêmes et aux pages où elles sont vues, combien de fois elles sont vues, etc." comme le précise le PDG qui voit là un potentiel juteux : "il serait intéressant pour des agences de voyages de savoir qui s’intéresse à des photos de Croatie ou d’un autre pays". N’est-ce pas un problème en termes de protection des données ? Klein contourne la question : "les seules données que nous vendons sont liées à l’usage des images, pas à leurs utilisateurs. Nous savons que telle page Internet ou telle adresse IP est intéressée par des photos de Croatie, par exemple. Nous savons que la protection de la vie privée est importante". Importante, mais pas contraignante. Pas de doute : vous êtes le produit.

"Curieux, chez Getty, les mots «photographe» ou «droit d'auteur» sont totalement absents" remarque Jean-Baptiste Avril dans le forum lié à l’interview du PDG de Getty. Ce photographe et auteur d’un blog hébergé par Le Monde formule les mêmes interrogations que certains de ses confrères interrogés par @si en mars dernier. D’ailleurs, comme nous le rappelions, Getty images avait été condamnée – tout comme l'AFP - à plus d'un million de dollars de dommages et intérêts pour avoir utilisé une photo diffusée sur Twitter par un photographe professionnel sans lui demander son autorisation.

Partager cet article Commenter

 

Cet article est libre d’accès
En vous abonnant, vous contribuez
à une information sur les médias
indépendante et sans pub.

Déjà abonné.e ?

Lire aussi

Voir aussi

Ne pas manquer

Abonnez-vous

En vous abonnant, vous contribuez à une information sur les médias indépendante et sans pub.