Pas frêche, mon information ?
Brève

Pas frêche, mon information ?

Plus le contexte s'éclaire, plus la citation de la phrase de Frêche sur Fabius

, par L'Express, se révèle comme un modèle de manipulation de presse, dans toute sa splendeur. On savait que la citation était ancienne, et avait été soigneusement "mise en valeur" par L'Express, et son site (les matinautes distraits peuvent lire la chronique d'hier).

On apprend à présent des détails supplémentaires. La phrase en question a été prononcée le 22 décembre dernier, lors d'une réunion du conseil d'agglomération de Montpellier, à laquelle participait d'ailleurs Hélène Mandroux, future candidate aux Régionales investie par le PS (laquelle n'a apparemment pas réagi, sur le moment, à cette horrifique irruption d'antisémitisme). L'écoute de la bande-son, mise en ligne le 28 janvier par le site Montpellier journal, nous fait pénétrer de plus près encore dans l'ambiance frêchouillarde. Manifestement, Frêche semble avoir décidé de transformer les réunions publiques en one man shows-revues de presse à la Bedos. Après une plaisanterie sur le voyage retour de Cécile Duflot de Copenhague en avion, il en vient au cas Fabius. La bande-son intégrale permet de savourer non seulement ce contexte, mais la suite de la citation reproduite par L'Express. Après la phrase fatale, Frêche ajoute en effet : "Ça fait rien mais peut-être que je voterai pour lui mais j’y réfléchirai à deux fois. [À l'intention des journalistes présents :] «Notez là haut, je vous fais une puce". Une puce : c'est à dire, précise le site Acrimed, qu'il offre généreusement aux journalistes du Midi libre présents sur place, matière à une brève.

Cette galéjade, noyée entre mille du même gagman, est donc devenue une affaire d'Etat, sur laquelle Aphatie, pénétré de sa mission de sauver la Vertu républicaine en péril, se fait un devoir d'interpeller prioritairement tout socialiste passant à sa portée. Bien joué, L'Express. A noter d'ailleurs (c'est l'épisode du jour) que le site de l'hebdo, dans la journée d'hier, a ré-harmonisé à 14 h 29 son titre avec celui de l'hebdomadaire papier (nouveau titre ci-dessous)...

...en faisant disparaître toute mention à un "dérapage" (pour mémoire, ancien titre ci-dessous).

Le rétro-pédalage est un art. Comme la citation.

Mise à jour, 3 février : les explications d'Eric Mettout (L'Express.fr)

Cher Daniel,
C'est la journaliste responsable d'édition à LEXPRESS.fr, Emma Defaud, qui, avec mon accord, a retitré le portrait de Georges Frêche. Un simple coup de fil vous aurait suffi pour avoir cette explication: quand le papier était dans l'actu, il lui a semblé naturel de titrer sur la polémique - ce que l'ensemble des revues de presse faisait depuis des heures, bien avant la mise en ligne, sans qu'elles aient eu en aucun cas besoin de notre aide pour la "mettre en valeur" et pour extraire de l'article de Jacques Molénat cette péripétie. Plus tard, le papier n'étant plus sur la home du site, Emma a rétabli son titre original, afin de rendre justice à ce long portrait complet, qui fait à cette petite phrase la place qui, selon vous, lui convient: anecdotique. Vous conviendrez, j'espère, que ce papier vaut, par ailleurs, bien plus que l'image réductrice que vous en donnez.
De là à parler de "manipulation", pire de "rétropédalage", il y a un gouffre que vous franchissez avec cette allégresse qui fait tout votre charme, cher Daniel. Nous n'avons jamais caché les circonstances dans lesquelles Georges Frêche a dit ce qu'il a dit, jamais prétendu, ni même laissé entendre, que nous en avions l'exclusivité, nous n'avons fait qu'inscrire ce dérapage très contrôlé, vous avez parfaitement raison à cet égard, dans une série d'autres déclarations dont l'ex-maire de Montpellier est coutumier. Ce sont nos confrères qui, à la remorque du PS, nous ont attribué la paternité de ce "scoop". En titrant comme elle l'a fait, Emma n'avait qu'une intention, bien moins maligne que celle que vous nous prêtez: y poser un petit drapeau, permettre à nos lecteurs de retrouver sur le site cette information qui figurait partout ailleurs. Cette... anecodte valait-elle deux articles?
Bien confraternellement,
Eric Mettout

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